La cécité évitable représente un frein majeur au développement économique du Nigeria, engendrant une perte annuelle estimée à 1,6 milliard de dollars en productivité. Loin d'être une simple question médicale, l'accès aux soins oculaires est un levier de justice sociale et de croissance nationale que les décideurs ne peuvent plus ignorer.
Un enjeu de productivité nationale
Lors de sa 254e conférence inaugurale à l'Université du Nigeria, la professeure Ada Aghaji a souligné que les conséquences de la déficience visuelle dépassent largement le cadre clinique. Avec environ 110 millions d'Africains souffrant de troubles de la vue, l'impact sur l'éducation des enfants, la capacité de travail des agriculteurs et l'autonomie des personnes âgées est massif. À l'échelle du continent, ce manque à gagner atteint 9 milliards de dollars par an, illustrant une crise qui maintient des familles entières dans la pauvreté alors que des solutions simples, comme des lunettes ou des interventions chirurgicales rapides, existent.
L'efficacité des investissements ciblés
La démonstration économique est sans appel : chaque dollar investi dans la santé oculaire pourrait générer des bénéfices substantiels. Pour le Nigeria, un investissement de 110 millions de dollars sur la période 2026-2030 pourrait rapporter environ 2,45 milliards de dollars en retombées économiques. Toutefois, la professeure Aghaji insiste sur la nécessité d'une allocation intelligente des ressources. Augmenter le nombre d'opérations ne suffit pas si les barrières structurelles — telles que le coût du transport, l'absence de dépistage précoce ou le manque de suivi post-opératoire — ne sont pas levées. Le succès doit se mesurer à la qualité de la vision retrouvée et non au simple volume d'actes médicaux.
Le modèle rwandais et l'intégration des soins
Pour transformer le système actuel, le Rwanda est cité en exemple pour avoir intégré les soins oculaires aux services de santé primaires, tout en renforçant la formation des agents de santé communautaires. Cette approche décentralisée permet de rapprocher l'offre de soins des populations rurales. Les recherches menées au Nigeria confirment cette tendance : dans les États où les budgets alloués à la santé oculaire primaire sont effectivement débloqués, le nombre de références pour des cataractes est 16 fois supérieur à celui des régions où les fonds restent bloqués. La coordination entre le secteur public, le privé et les partenaires au développement est donc indispensable pour bâtir des systèmes pérennes capables de garantir un accès équitable à la vue pour tous les citoyens.