Près d'un an après la réélection de Paul Biya à la présidence du Cameroun, des chercheurs du centre bordelais Les Afriques dans le monde (LAM) proposent une lecture inédite du scrutin d'octobre 2025. En exploitant les données départementales publiées par le Conseil constitutionnel, ces travaux cartographiques mettent en exergue des contrastes électoraux significatifs et des anomalies statistiques qui interrogent la dynamique du vote sur le territoire.
Une granularité inédite au service de l'analyse
Pour la première fois, le Conseil constitutionnel a rendu publics des résultats détaillés par département, offrant une précision géographique supérieure aux précédentes consultations. Cette finesse de données a permis aux géographes de traduire les chiffres officiels en représentations visuelles, rendant immédiatement perceptibles des disparités qui restaient jusque-là diluées dans les moyennes régionales. Ces cartes constituent désormais une base de travail accessible aux analystes, aux partis politiques et aux citoyens pour mieux comprendre la sociologie électorale du pays.
Des incohérences marquées dans les taux de participation
La mise en carte des taux de participation révèle des écarts troublants entre des zones géographiquement contiguës. À titre d'exemple, le département du Meme affiche une participation officielle inférieure à 50 %, tandis que le département voisin du Ndian, pourtant en proie à une forte insécurité liée à la présence de groupes armés, dépasse les 90 %. Cette disparité, mise en lumière par la visualisation spatiale, souligne les interrogations persistantes sur la fiabilité des données collectées dans certaines zones de conflit.
La percée géographique de l'opposition
Au-delà des taux de participation, la répartition des suffrages confirme une polarisation classique entre le nord et le sud du pays. Toutefois, l'analyse cartographique révèle une évolution notable : le candidat Issa Tchiroma Bakary, qui conteste les résultats officiels, a réussi à s'imposer en tête dans sept départements situés sur un axe stratégique reliant Limbé à Bafoussam, dans la partie occidentale du Cameroun. Contrairement à la stratégie adoptée par Maurice Kamto en 2018, le camp de M. Tchiroma n'a toutefois pas rendu publics ses propres chiffres alternatifs pour contester la victoire du président sortant, laissant ces cartes officielles comme la principale référence disponible pour l'examen du scrutin.