La candidature de l'ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général de l'ONU se heurte à la réalité brutale des rapports de force internationaux. Entre scrutins informels mitigés et jeux d'influence des membres permanents du Conseil de sécurité, cette quête interroge la capacité de l'Afrique à peser réellement sur la gouvernance mondiale.
Le poids des scrutins informels
Le troisième scrutin informel du 18 septembre a livré un verdict sans appel : avec cinq voix « encourage » contre neuf « discourage », la dynamique de Macky Sall peine à convaincre. Ces votes, bien que secrets et non contraignants, agissent comme un baromètre de l'influence réelle. Contrairement à une élection démocratique, le processus onusien repose sur une négociation où la voix d'un membre permanent du Conseil de sécurité pèse infiniment plus que celle d'un État non permanent. Pour l'ancien chef d'État, l'enjeu est désormais de transformer ses réseaux diplomatiques en une coalition politique capable de surmonter ce rejet croissant.
Le défi de l'équilibre diplomatique
Macky Sall a multiplié les rencontres stratégiques, de Pékin à Moscou, en passant par Paris. Si ses interlocuteurs reconnaissent sa capacité à dialoguer avec des blocs opposés, aucun soutien explicite n'a été formalisé. Cette posture de « candidat de compromis » est une arme à double tranchant : elle permet d'être acceptable par tous, mais elle expose au risque de ne devenir le candidat de personne. Le soutien tardif de Dakar, bien que symboliquement fort, souligne également la difficulté de traduire une volonté nationale en une dynamique internationale cohérente.
L'architecture onusienne en question
Au-delà du cas individuel, cette candidature agit comme un miroir des contradictions de l'ONU. L'organisation, fondée sur l'égalité souveraine des nations, reste prisonnière d'une hiérarchie héritée de 1945, où le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité verrouille les nominations. La quête de Macky Sall illustre l'écart persistant entre les revendications africaines pour une représentation plus juste et la réalité d'un système où la puissance prime sur le droit.
La diplomatie face à l'arithmétique
Le succès dans cette course ne dépendra pas uniquement du nombre de suffrages, mais de la capacité à construire un consensus parmi les puissances mondiales. L'histoire récente, notamment celle d'António Guterres en 2016, rappelle que les premiers tours de scrutin ne préjugent pas de l'issue finale. Toutefois, pour Macky Sall, le test est immédiat : il doit prouver que sa candidature n'est pas seulement une ambition individuelle, mais une force capable de naviguer dans les eaux troubles de la géopolitique actuelle pour incarner, enfin, une voix africaine au sommet de l'organisation mondiale.