La course au secrétariat général des Nations Unies met en lumière les limites de la diplomatie multilatérale face aux rapports de force des grandes puissances. Le troisième scrutin informel du 18 septembre, où l'ancien président sénégalais Macky Sall a recueilli cinq voix favorables contre neuf défavorables, souligne la complexité de transformer des soutiens diplomatiques en une dynamique de consensus mondial.
Les dynamiques diplomatiques de Dakar à Pékin
Le soutien officiel du Sénégal, acté en juillet par le président Bassirou Diomaye Faye, marque une volonté de porter une candidature africaine sur la scène internationale. Toutefois, cette démarche se heurte à une réalité diplomatique où les appuis restent prudents. Si Macky Sall a multiplié les rencontres avec les dirigeants de grandes puissances, notamment à Pékin avec Wang Yi et à Moscou avec Sergueï Lavrov, ces échanges n'ont pas encore débouché sur des soutiens publics explicites. L'ancien chef d'État sénégalais tente de se positionner comme un candidat de dialogue, capable de naviguer entre les blocs, mais cette stratégie de neutralité active reste confrontée au silence des membres permanents du Conseil de sécurité.
Le poids des scrutins informels
Les résultats du 18 septembre révèlent une érosion du score de Macky Sall, passé de six à cinq voix favorables, tandis que le nombre de votes « discourage » a progressé. Ces scrutins, bien que non contraignants, servent de baromètre aux rapports de force au sein du Conseil de sécurité. La difficulté réside dans l'opacité du processus : l'absence de distinction entre les voix des membres permanents et non permanents empêche une lecture précise de la viabilité de la candidature. Dans ce système, le candidat qui arrive en tête n'est pas nécessairement celui qui finit par obtenir le consensus, comme l'a démontré l'élection d'António Guterres en 2016 après six tours de scrutin.
L'architecture onusienne face à ses contradictions
La candidature de Macky Sall agit comme un miroir des tensions structurelles de l'ONU. L'organisation, fondée sur l'égalité souveraine des États, est en pratique régie par la hiérarchie du Conseil de sécurité et le droit de veto de ses membres permanents. Cette configuration pose une question fondamentale pour le continent africain : au-delà de la souveraineté de présenter un candidat, l'Afrique dispose-t-elle de la puissance nécessaire pour imposer un consensus mondial ? L'enjeu dépasse la simple personne du candidat pour interroger la capacité du système international à intégrer réellement les aspirations du Sud global dans sa gouvernance.
Un test pour la diplomatie africaine
Pour Macky Sall, le défi est désormais de transformer ses réseaux diplomatiques en une coalition politique solide. Si les soutiens reçus jusqu'ici témoignent d'une reconnaissance de son expérience, ils ne garantissent pas l'adhésion nécessaire pour franchir les étapes suivantes. La suite de la course dépendra de la capacité du candidat à convaincre les puissances décisionnaires que son profil est le plus à même de préserver les équilibres mondiaux, dans un contexte où les symboles ne suffisent plus à masquer les réalités arithmétiques du Conseil de sécurité.