La dégradation accélérée des terres dans la Boucle du Mouhoun, grenier agricole du Burkina Faso, menace la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de millions de personnes. Une étude récente révèle des pertes de sols estimées à plus de 10 millions de tonnes par an, tandis que la fertilité chimique des sols se dégrade, compromettant les récoltes futures.
Une région agricole sous pression
La Boucle du Mouhoun, qui couvre près de 83 % de la superficie totale de la région, concentre des sols extrêmement battants, exposés à une érosion hydrique intense. Les pertes annuelles de terres ont triplé entre 2003 et 2023, passant de 4,5 à plus de 10 millions de tonnes, selon les données analysées. Cette dégradation s’explique par l’expansion anarchique des champs, la coupe illégale de bois et l’absence de pratiques antiérosives, aggravées par des aléas climatiques et une pluviométrie en hausse.
Fertilité en déclin : un risque pour les récoltes
L’étude cartographie quatre niveaux de fertilité chimique des sols : très bas (9,9 % de la superficie), bas (22,4 %), moyen (57,2 %) et élevé (10,5 %). Les sols les plus fertiles se concentrent autour des cours d’eau et de certaines localités comme Dokuy ou Sanaba. Cependant, les pertes de matières organiques et d’argiles, emportées par le ruissellement, réduisent progressivement le potentiel agricole de la région. Les petits cours d’eau et marigots, comblés par les dépôts de terre, illustrent cette dégradation.
Perceptions locales et responsabilités partagées
Une enquête auprès de 384 chefs de ménage à Dédougou, capitale régionale, révèle une prise de conscience croissante des populations locales. Les répondants pointent du doigt l’exode rural des jeunes, l’insécurité et l’orpaillage comme facteurs aggravants. Pourtant, des initiatives locales de récupération des terres dégradées, soutenues par des projets de gestion durable, montrent des résultats encourageants. La baisse des pertes de terres entre 2013 et 2023 s’explique en partie par ces efforts, malgré un contexte sécuritaire et climatique toujours plus difficile.
Quelles solutions pour inverser la tendance ?
Les chercheurs proposent plusieurs pistes : renforcer les techniques de conservation des eaux et des sols, généraliser l’accès aux fertilisants organiques pour les femmes rurales, et adopter des systèmes de géo-information pour suivre les dynamiques des ressources en terres. Ils insistent aussi sur la nécessité de traduire les techniques culturales en langues locales et de mieux appliquer les lois foncières pour sécuriser les exploitations. L’objectif ? Permettre aux producteurs de « produire plus et mieux avec moins », dans un contexte où la pression sur les terres ne cesse de croître.