La Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) engage une nouvelle phase de régulation des services financiers numériques au sein de l'UEMOA. À compter du 2 novembre 2026, les plafonds de stockage et de rechargement des comptes de monnaie électronique sont significativement augmentés, tandis que l'interopérabilité des transferts est renforcée par la gratuité partielle des opérations via la plateforme PI-SPI.
Doublement des capacités de stockage et de rechargement
Conformément à l'instruction de la Banque centrale datée du 8 octobre 2026, le plafond des comptes de monnaie électronique est porté de 2 à 4 millions de FCFA. Parallèlement, le cumul mensuel des rechargements autorisés est rehaussé, passant de 10 à 15 millions de FCFA. Pour tout dépassement de ces nouveaux seuils, les établissements financiers devront désormais soumettre une demande d'autorisation préalable à la BCEAO, incluant une justification détaillée des motifs, des montants visés et des dispositifs de contrôle mis en place.
Généralisation de l'interopérabilité via PI-SPI
La plateforme PI-SPI devient l'infrastructure pivot pour les transactions interopérables dans l'espace communautaire. Ce système, qui connecte désormais 175 structures financières et dessert plus de 38 millions d'utilisateurs, permet des transferts instantanés entre banques et portefeuilles mobiles, tels que Wave ou Orange Money. Cette architecture vise à briser le cloisonnement des systèmes de paiement qui freinait jusqu'ici l'adoption des services numériques.
Gratuité partielle et enjeux de rentabilité
La nouvelle réglementation instaure la gratuité des transferts à l'envoi pour un montant cumulé ne dépassant pas 8 000 FCFA par jour et par utilisateur, tandis que la réception devient gratuite sans plafond. La BCEAO estime que ce seuil quotidien couvre environ 75 % des transactions actuelles. Si cette mesure favorise l'inclusion financière, elle impose aux opérateurs une révision de leur modèle économique, les frais de transfert constituant une part importante de leurs revenus. La question des frais de retrait, qui représentaient avec les dépôts 56,8 % de la valeur des transactions en 2024, demeure toutefois en suspens, laissant les acteurs du marché face à un défi d'ajustement de leurs marges.
Vers une harmonisation régionale des paiements
Avec 80 établissements connectés au 24 juin 2026, le réseau PI-SPI affiche une croissance rapide, le Sénégal se distinguant avec 43 structures participantes. La Banque centrale ne compte pas s'arrêter là : elle prévoit d'aligner les conditions tarifaires des transferts transfrontaliers au sein de l'Union sur celles des opérations nationales, poursuivant ainsi son objectif d'unification du marché des paiements instantanés.