La Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) amorce une transformation majeure du secteur de la monnaie électronique au sein de l'UEMOA. À compter du 2 novembre 2026, de nouveaux plafonds de détention et une tarification encadrée des transferts interopérables entrent en vigueur pour fluidifier les échanges numériques.
Relèvement des plafonds de solde et de rechargement
La nouvelle instruction de la Banque centrale porte le plafond du solde de monnaie électronique par client de 2 à 4 millions de FCFA. Parallèlement, le montant cumulé des rechargements mensuels autorisés est rehaussé, passant de 10 à 15 millions de FCFA. Ces mesures visent à accroître la capacité de stockage de valeur numérique pour les utilisateurs. Toutefois, tout dépassement de ces nouveaux seuils sera désormais soumis à une autorisation préalable de la BCEAO, imposant aux émetteurs de justifier leurs besoins et de renforcer leurs dispositifs de contrôle.
Gratuité ciblée sur les transactions quotidiennes
Le cœur de cette réforme repose sur l'utilisation obligatoire de la plateforme PI-SPI pour les transactions interopérables. Désormais, les transferts cumulés ne dépassant pas 8 000 FCFA par jour deviennent gratuits pour l'utilisateur, tandis que la réception de fonds est exonérée de frais sans aucune limite de montant. Selon les estimations de l'institution, ce dispositif couvre environ 75 % des transactions effectuées dans l'espace communautaire, ciblant ainsi directement les paiements du quotidien et les petits transferts.
Défis pour le modèle économique des opérateurs
Si cette mesure favorise l'inclusion financière, elle interroge la viabilité économique des acteurs du marché. Les opérateurs de monnaie électronique devront absorber le manque à gagner généré par la gratuité d'une part significative de leurs flux. Par ailleurs, la réforme laisse en suspens la question des retraits, qui ne font l'objet d'aucun encadrement tarifaire explicite. Ce segment demeure crucial, représentant 56,8 % de la valeur des transactions en 2024, ce qui laisse une part importante des échanges financiers en dehors du champ de la gratuité.
Vers une infrastructure de paiement unifiée
Avec cette initiative, la BCEAO confirme sa volonté de faire de PI-SPI l'infrastructure centrale des paiements instantanés dans l'Union. Après une première année d'exploitation ayant permis de connecter 175 participants et plus de 38 millions d'utilisateurs, la Banque centrale ambitionne désormais d'harmoniser les conditions des transferts transfrontaliers avec celles des opérations nationales, renforçant ainsi l'intégration financière régionale.