La suspension par le gouvernement congolais de onze établissements publics à Goma et Bukavu marque une nouvelle étape dans la lutte d'influence qui oppose Kinshasa à l'AFC/M23. Cette décision, visant à sanctionner les agents ayant collaboré avec le mouvement rebelle, souligne l'impasse actuelle sur le rétablissement de l'autorité de l'État dans les zones sous contrôle insurgé.
Une dualité administrative aux conséquences concrètes
La décision de Kinshasa de suspendre les activités universitaires et les salaires de 48 agents accusés de collusion avec l'AFC/M23 se heurte à une fin de non-recevoir. Le mouvement rebelle a qualifié ces mesures de « nulles et de nul effet », enjoignant aux établissements de poursuivre leurs activités sous son égide. Cette injonction place le personnel et les étudiants dans une situation de précarité institutionnelle, alors que le mouvement promet une prise en charge dont les modalités financières restent floues.
L'emprise croissante de l'AFC/M23 sur les services régaliens
Au-delà du secteur éducatif, l'AFC/M23 consolide son administration parallèle dans les territoires qu'il occupe. Le mouvement a progressivement investi des domaines normalement réservés à l'État : perception de taxes mensuelles auprès des ménages, gestion du foncier, recrutement de magistrats et émission de documents administratifs comme des passeports. Ces derniers, bien que munis des cachets du mouvement, sont régulièrement rejetés aux frontières, notamment au Burundi, illustrant le décalage entre l'administration de fait imposée par le groupe et la reconnaissance internationale de la souveraineté congolaise.
L'incertitude autour de l'accord-cadre de Doha
Si l'accord-cadre de Doha prévoit théoriquement le rétablissement complet de l'autorité de l'État, les modalités pratiques de cette transition demeurent absentes. Aucun protocole n'a encore été défini pour préciser le calendrier, les acteurs impliqués ou les conditions de réinstallation des services publics. Dans ce vide juridique, les deux parties continuent d'émettre des instructions contradictoires. L'AFC/M23, qui affirme avoir formé plus de 823 cadres pour diffuser ses orientations, cherche désormais à étendre son contrôle sur le patrimoine immobilier de l'État, menaçant de démolir les constructions réalisées sans son aval. Cette stratégie de consolidation territoriale complique davantage les perspectives d'une normalisation administrative à court terme.