En 1797, le gouvernement révolutionnaire français a officiellement annulé les deux tiers de la dette publique, une décision radicale connue sous le nom de « banqueroute des deux tiers ». Cet acte de défaut souverain a non seulement spolié une large part de la population, mais a également durablement altéré la confiance des citoyens envers les engagements financiers de l'État.
L'omniprésence des rentes sous l'Ancien Régime
Avant la Révolution, le système financier français reposait largement sur l'émission d'obligations d'État, appelées « rentes ». Ce produit financier constituait alors le socle de l'épargne pour une grande partie de la bourgeoisie, y compris les ménages les plus modestes. Sous le règne de Louis XVI, la dette publique atteignait en moyenne 80 % du PIB, faisant de ces titres de créance un instrument de placement incontournable pour les Français de l'époque.
La rupture des engagements révolutionnaires
Dès 1789, les autorités révolutionnaires avaient pourtant pris l'engagement solennel de respecter les dettes contractées par la monarchie. Cependant, face à une impasse budgétaire majeure et à l'effondrement de la valeur des assignats — qui ne représentaient plus qu'une fraction infime de leur valeur nominale dès 1796 — le pouvoir a basculé vers une stratégie de défaut. En 1797, le décret actant la banqueroute des deux tiers a mis fin à cette promesse, effaçant une part massive des créances détenues par les épargnants.
Les conséquences sur la confiance publique
Cet épisode historique souligne la fragilité des finances publiques lorsque l'État privilégie l'annulation de ses dettes au détriment de la gestion de ses dépenses. La spoliation des rentiers a marqué une rupture brutale dans la relation entre l'État et ses créanciers, illustrant les périls économiques et sociaux qu'entraîne une gestion défaillante de la dette souveraine. Aujourd'hui encore, cet événement est cité comme un rappel des risques encourus par les épargnants lorsque la soutenabilité de la dette publique est remise en question par des décisions politiques unilatérales.