La Banque mondiale alerte sur une inadéquation majeure dans l'allocation du crédit au Nigeria, où les secteurs les plus pourvoyeurs d'emplois sont délaissés par le système financier. Lors de la 19e conférence annuelle du Chartered Institute of Bankers of Nigeria (CIBN), l'institution a souligné que la priorité doit désormais passer de la simple stabilité macroéconomique à la création d'emplois inclusifs.
Un problème d'allocation plutôt que de liquidité
Contrairement aux idées reçues, le Nigeria ne souffre pas d'une pénurie de capitaux. Le système bancaire dispose d'environ 160 milliards de dollars d'actifs, auxquels s'ajoutent les fonds des secteurs de la retraite et de l'assurance. Pourtant, le crédit au secteur privé reste limité à 13 % du PIB. Pour la Banque mondiale, le défi réside dans la destination de ces fonds : les banques privilégient les titres publics au détriment des entreprises productives, une stratégie qui pourrait s'avérer risquée en cas de baisse des taux d'intérêt.
Le « chaînon manquant » des PME
Les micro, petites et moyennes entreprises (MPME), qui constituent le moteur de l'emploi, ne reçoivent qu'environ 1 % du crédit total. Ce segment est qualifié de « chaînon manquant » : trop grand pour la microfinance, mais jugé trop risqué par les banques commerciales. Parallèlement, le déficit d'infrastructure, estimé à 100 milliards de dollars par an, freine le développement industriel. L'accès au financement pour l'énergie et le transport est jugé critique pour débloquer la croissance du secteur privé.
Mobiliser le capital institutionnel par le risque partagé
Pour remédier à cette situation, la Banque mondiale préconise un recours accru aux instruments de finance de développement. L'idée est d'utiliser des mécanismes de garantie, de partage des risques et de finance mixte pour encourager les investisseurs institutionnels à financer des projets jugés initialement trop risqués. L'objectif est que chaque dollar public serve de levier pour attirer des capitaux privés vers les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre.
L'impératif de la création d'emplois
Avec 3 à 4 millions de jeunes entrant sur le marché du travail chaque année, le gouvernement nigérian ne peut plus être le seul moteur de l'emploi. La Banque mondiale insiste sur le fait que le secteur bancaire doit impérativement réorienter ses stratégies vers le soutien aux entreprises capables d'investir et de recruter. La stabilité économique, bien qu'essentielle, n'est qu'une plateforme ; la destination finale demeure la création d'emplois durables pour la jeunesse nigériane.