La Banque du Ghana fait face à une recrudescence préoccupante de la cybercriminalité financière, marquée par une augmentation de 98 % des incidents liés aux transactions numériques entre 2022 et 2025. Cette tendance, qui fragilise l'ensemble de l'écosystème financier, contraint les autorités à revoir en profondeur leurs mécanismes de surveillance et de coopération interinstitutionnelle.
Une mutation rapide de la menace numérique
Le paysage de la criminalité financière au Ghana a radicalement changé. Alors que les fraudes au sein du système bancaire traditionnel tendent à diminuer, les malfaiteurs concentrent désormais leurs efforts sur les plateformes électroniques. Cette bascule s'explique par l'adoption massive des services de paiement mobile et des solutions fintech par les citoyens. Selon la Banque centrale, le nombre total d'incidents frauduleux dans l'écosystème financier a bondi de 48 % en un an, passant de 16 733 cas en 2024 à 24 778 en 2025.
L'interconnexion comme vecteur de vulnérabilité
Matilda Asante Asiedu, deuxième vice-gouverneure de la Banque du Ghana, souligne que la nature interconnectée des services financiers modernes multiplie les risques. Un incident ciblant un prestataire de services de paiement (PSP) peut rapidement se propager à la banque partenaire, affectant ainsi l'intégrité de tout le système. Cette interdépendance impose une collaboration accrue entre les institutions financières, les entreprises de technologie et les forces de l'ordre pour endiguer des réseaux de fraude de plus en plus sophistiqués.
Restructuration de la coopération sécuritaire
Pour répondre à cette menace, le Comité de coopération entre les agences de maintien de l'ordre et la communauté bancaire (COCLAB) entame une restructuration stratégique. L'objectif est de dépasser le cadre des simples réunions administratives pour se concentrer sur des résultats concrets : partage de renseignements, enquêtes aboutissant à des condamnations et recouvrement d'actifs. Cette nouvelle approche inclut la création de groupes de travail dédiés à la sensibilisation du public et au renforcement des capacités d'investigation.
Vers une stratégie de dissuasion proactive
Les autorités ghanéennes reconnaissent que les fraudeurs disposent souvent d'une longueur d'avance technologique. L'enjeu est désormais de créer un environnement suffisamment dissuasif pour décourager les acteurs malveillants. Les succès passés, tels que l'opération de 2023 à Accra ayant conduit à 430 arrestations, servent de modèle pour les actions futures. La réussite de cette stratégie sera mesurée par la capacité des institutions à anticiper les nouvelles méthodes de fraude et à garantir une application rigoureuse de la loi face à des criminels qui exploitent la complexité des flux financiers numériques.