Face aux défis de la conservation, la Banque africaine de développement (BAD) presse les gouvernements du continent d'intégrer la biodiversité dans leurs priorités nationales d'investissement. L'institution souligne qu'une volonté politique accrue est indispensable pour transformer les engagements internationaux en projets concrets et bancables.
L'impératif d'une intégration stratégique
Lors de la 17e Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP17) à Erevan, Arona Soumare, responsable du changement climatique à la BAD, a pointé une lacune majeure : la marginalisation de la biodiversité dans les dossiers de financement. Trop souvent, les États sollicitent des bailleurs de fonds pour des infrastructures ou des besoins énergétiques, reléguant la protection des écosystèmes au second plan. Pour l'expert, cette approche freine la mobilisation des ressources, car les institutions financières privilégient les projets où les pays démontrent un engagement budgétaire propre et une vision stratégique claire.
Décloisonner les mécanismes de financement
Le défi réside également dans la fragmentation des financements. La BAD préconise une approche transversale où la conservation n'est plus traitée comme un secteur isolé, mais comme un pilier intégré aux stratégies de développement national. Pour pallier le manque de ressources, Arona Soumare plaide pour le recours à la finance mixte, combinant fonds domestiques et capitaux internationaux, ainsi que pour l'utilisation d'instruments innovants tels que les obligations liées à la nature. L'objectif est de renforcer l'attractivité des projets, tant pour le secteur privé que pour les initiatives communautaires, ces dernières peinant actuellement à satisfaire la demande faute de fonds suffisants.
La coopération régionale comme levier opérationnel
De son côté, Daniel Mukubi, représentant du ministère de l'Environnement de la République démocratique du Congo, a rappelé la complexité de concilier conservation et urgences socio-économiques telles que la sécurité alimentaire ou la lutte contre la pauvreté. Face à ces arbitrages difficiles, la coopération régionale apparaît comme une solution pragmatique. Le partage d'expertise technique, notamment en matière de cartographie et de systèmes d'information géographique (SIG), est identifié comme un levier essentiel pour renforcer les capacités institutionnelles. Cette mutualisation des compétences est jugée cruciale pour permettre aux États africains d'atteindre l'objectif mondial de protéger 30 % des terres et des zones marines d'ici 2030.