Face à la montée en puissance des plateformes numériques qui valorisent l'indignation et le sensationnalisme, le journaliste vétéran Kwesi Pratt Jnr a appelé à une refonte des priorités médiatiques. Lors du 77e anniversaire de la Ghana Journalists Association (GJA), il a souligné que la mission fondamentale de la presse demeure la détermination de ce que le public a réellement besoin de savoir, bien au-delà de la simple quête d'audience.
La primauté de la vérification sur la vitesse
Dans un environnement informationnel saturé, Kwesi Pratt a mis en garde contre la confusion entre rapidité et pertinence. Selon lui, être le premier à publier ne garantit ni l'exactitude ni l'impact d'une information. Il a rappelé que la crédibilité repose sur cinq piliers essentiels : la précision, la vérification, l'équité, le courage et l'examen critique des institutions. Pour le fondateur de Pan African Television, le défi contemporain ne réside plus dans l'accès à l'information, mais dans la capacité à distinguer le vrai du faux au sein d'un flux numérique souvent incontrôlé.
Critique des critères de recrutement basés sur la popularité
Le vétéran des médias a vivement dénoncé une pratique croissante au sein de certaines chaînes de télévision ghanéennes : l'exigence d'un nombre minimal d'abonnés sur les réseaux sociaux pour embaucher des présentateurs. Il a qualifié cette méthode d'« affront aux standards professionnels », estimant qu'elle contribue directement à l'érosion de la crédibilité journalistique. Il a exhorté les entreprises de presse à ne pas sacrifier l'intégrité éditoriale sur l'autel des métriques de popularité numérique, tout en rappelant que les conditions économiques de travail des journalistes sont indissociables de leur capacité à produire un travail de qualité.
Repenser la représentativité dans le récit national
Au-delà des enjeux éthiques, Kwesi Pratt a invité les médias à réévaluer leur couverture nationale, souvent trop centrée sur les élites politiques et les dirigeants d'entreprises. Il a plaidé pour une inclusion accrue des citoyens ordinaires — agriculteurs, commerçants, enseignants ou travailleurs de la santé — dont les réalités sont trop souvent réduites à de simples statistiques économiques. Le journaliste a insisté sur la nécessité de « retrouver la responsabilité d'écouter » plutôt que de se limiter à la parole institutionnelle, rappelant que la presse ghanéenne, héritière d'une longue tradition de lutte pour l'autodétermination, doit rester un miroir fidèle de la société dans son ensemble.
L'engagement de la GJA pour l'avenir
Le président de la GJA, Albert Kwabena Dwumfour, a fait écho à ces préoccupations en appelant à une responsabilité partagée entre l'association et ses membres. Alors que l'organisation célèbre ses 77 ans, il a réaffirmé son rôle de protecteur de la liberté de la presse tout en insistant sur le fait que la défense de la profession est vaine si les journalistes eux-mêmes ne respectent pas les normes éthiques. Face aux défis posés par l'intelligence artificielle et la mutation numérique, la GJA entend renforcer ses programmes de formation pour garantir que le journalisme ghanéen demeure un pilier de la démocratie et de la responsabilité publique.