Pour le journaliste Kwesi Pratt, la lutte pour les réparations historiques ne doit pas se limiter à une quête de compensations financières. Lors d'un forum à l'Université du Ghana, il a plaidé pour une transformation structurelle de l'ordre mondial, condition sine qua non pour garantir l'égalité des droits et l'autonomie réelle du continent africain.
Au-delà de la restitution symbolique
Kwesi Pratt rejette l'idée que la justice réparatrice puisse se résumer au retour d'artefacts ou à des paiements ponctuels. Selon lui, ces gestes restent insuffisants s'ils ne s'accompagnent pas d'un changement profond des règles internationales. Le véritable enjeu est de bâtir un système où chaque citoyen, indépendamment de sa race ou de sa géographie, jouit des mêmes droits. Il souligne que le sous-développement actuel de l'Afrique est le fruit d'une spoliation historique, où des millions de personnes qualifiées ont été déportées pour bâtir les économies occidentales, rendant le modèle de développement européen inadapté et inaccessible pour le continent.
L'impératif de l'unité continentale
Le journaliste salue la récente résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies sur les réparations, y voyant la preuve que l'unité entre les pays africains et caribéens peut infléchir les dynamiques internationales. Cette solidarité, qui reconnaît l'esclavage et le colonialisme comme des crimes contre l'humanité, constitue une avancée majeure. Toutefois, il met en garde contre les divisions persistantes et les décisions diplomatiques contradictoires. Il critique notamment la signature d'accords de défense et de renseignement avec des puissances étrangères, estimant que ces partenariats minent la souveraineté et la cohérence stratégique nécessaires pour peser sur la scène mondiale.
Reprendre le contrôle des ressources
Au cœur de la vision de Kwesi Pratt se trouve la maîtrise des richesses naturelles. Il soutient que le développement ne pourra être effectif tant que les ressources minérales du continent serviront prioritairement des intérêts extérieurs. L'autonomie, selon lui, passe par une intégration accrue des structures financières et sécuritaires africaines, dans la lignée des idéaux panafricanistes de figures comme Kwame Nkrumah. Il appelle également à une décolonisation des mentalités, citant l'importance de corriger les représentations géographiques erronées qui minimisent l'ampleur réelle de l'Afrique, afin de renforcer la confiance des populations dans leur propre potentiel.
Une remise en question des institutions héritées
Enfin, M. Pratt exhorte les Africains à examiner de manière critique les institutions héritées de l'ère coloniale, pointant du doigt le rôle historique de certaines organisations religieuses dans la justification de l'expansion européenne. Pour lui, la lutte pour la libération exige une transformation de la conscience collective. L'objectif final n'est pas de reproduire les systèmes d'exploitation passés, mais de forger un nouvel ordre mondial fondé sur la justice, l'autosuffisance et une véritable égalité de traitement entre les nations.