La capitale congolaise s'apprête à lancer un nouveau plan général de circulation, une énième tentative pour fluidifier le trafic dans une métropole où la planification urbaine peine à se concrétiser depuis 1967. Alors que 88 % du réseau routier reste non bitumé, l'enjeu dépasse la simple gestion du flux pour interroger la capacité de la ville à transformer ses diagnostics techniques en politiques publiques effectives.
Un héritage de planification resté lettre morte
Depuis plus d'un demi-siècle, Kinshasa a accumulé les documents stratégiques sans jamais parvenir à les traduire en réalité opérationnelle. Du plan Auguste Arsac de 1967 au Schéma d'orientation stratégique de l'agglomération kinoise (SOSAK) de 2015, les obstacles ont été constants : absence d'approbation officielle, manque de moyens financiers et faiblesse des capacités de gestion. Même le SOSAK, pourtant doté d'une force juridique, n'a pas survécu aux arbitrages budgétaires, laissant la ville se développer de manière anarchique, indépendamment des projections initiales.
Le diagnostic technique face à la réalité du terrain
Le Plan directeur des transports urbains de 2019, élaboré avec l'appui japonais, soulignait pourtant une marge de manœuvre immédiate : une gestion optimisée du trafic pourrait améliorer la capacité des routes existantes sans nécessiter de nouveaux chantiers lourds. Toutefois, la structure même du réseau limite ces ambitions. Avec seulement 2,1 % de voies primaires et une écrasante majorité de routes en terre, la ville souffre d'un déficit structurel majeur. Les tentatives récentes, comme la circulation à sens unique alterné, ont illustré la difficulté de ces mesures correctives, souvent suspendues ou réintroduites sans qu'aucun bilan chiffré ne soit rendu public pour en évaluer l'efficacité réelle.
Entre gestion du trafic et offre de transport de masse
La question de la fluidité routière ne peut occulter le besoin crucial de transports collectifs. Si le projet de tramway, reliant le centre-ville à l'aéroport de N'Djili, est régulièrement mis en avant comme une solution d'avenir, la réalité quotidienne est marquée par la vétusté du parc de bus existant et la difficulté de maintenir une offre de service fiable. Le nouveau plan de circulation, dont les détails restent à préciser, devra articuler ces deux dimensions : la régulation du trafic actuel et le déploiement d'infrastructures de transport de masse, sous peine de rester, comme ses prédécesseurs, une simple intention sur le papier.