Face à la multiplication des rapports stratégiques restés sans suite, l'ancien vice-gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Kingsley Moghalu, appelle les Ndigbo à une rupture opérationnelle. Lors de la célébration de l'Igbo Day à Umuahia, il a plaidé pour une transformation concrète de la « Charte d'engagement stratégique » en un véritable moteur de puissance économique et politique, loin des velléités partisanes.
Un impératif de mise en œuvre structurée
Pour Kingsley Moghalu, le risque est grand de voir cette nouvelle charte rejoindre les nombreux documents académiques qui s'accumulent sans impact réel sur le terrain. Il préconise la création immédiate d'un conseil de mise en œuvre, soutenu par un secrétariat dédié et un système de suivi rigoureux. L'idée est d'instaurer des tableaux de bord publics et des évaluations trimestrielles pour mesurer les progrès accomplis, transformant ainsi les intentions en résultats quantifiables avec des responsables nommés pour chaque objectif.
Quatre piliers pour une relance immédiate
L'expert a identifié quatre axes prioritaires à déployer sur les 18 prochains mois pour amorcer cette dynamique. Il suggère d'abord la promotion active de la langue Igbo dans le système scolaire, couplée à la création d'un marché numérique régional pour organiser l'écosystème entrepreneurial. Parallèlement, il insiste sur la nécessité de recenser les compétences et ressources de la diaspora pour mieux les mobiliser, tout en mettant en place un cadre de sécurité et d'investissement robuste, condition sine qua non pour lever le « veto » que représente l'insécurité sur le développement économique.
Dépasser le clivage partisan et le sentiment de victimisation
Moghalu met en garde contre toute appropriation de cette charte par des partis politiques ou des factions locales, ce qui en signerait l'échec immédiat. Il insiste sur le fait que ce document doit rester un contrat social au-dessus des cycles électoraux. Par ailleurs, il invite les Ndigbo à abandonner la posture de victimisation, qu'il qualifie de « prison confortable », au profit d'une culture de la méritocratie interne. Selon lui, la force historique des Ndigbo en matière d'innovation et d'entreprise ne pourra se traduire en développement collectif que si elle est organisée avec intégrité, privilégiant la compétence sur l'influence.
Une vision pour le Nigeria
Au-delà de la région, l'ancien banquier central replace ces enjeux dans le cadre national. Il réaffirme que la restructuration, la dévolution des pouvoirs et l'autonomie économique sont des nécessités pour l'ensemble du Nigeria. L'objectif est de bâtir un système fédéral où aucun groupe ne se sent spectateur de son propre destin, tout en combinant cette exigence d'équité avec une participation civique accrue et un engagement ferme en faveur de la non-violence.