Kano : une étude inédite révèle que la déscolarisation n'est pas due à un rejet culturel

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 16 lectures
Kano : une étude inédite révèle que la déscolarisation n'est pas due à un rejet culturel

Une enquête exhaustive menée dans l'État de Kano, au Nigeria, brise un mythe tenace : le taux élevé d'enfants non scolarisés ne découle pas d'une résistance culturelle des familles. Avec plus de 875 000 enfants âgés de 5 à 18 ans hors du système scolaire, les autorités locales et leurs partenaires internationaux identifient désormais des obstacles structurels, financiers et logistiques comme causes premières de cette crise éducative.

La fin du mythe de l'apathie parentale

L'étude, réalisée par le ministère de l'Éducation de Kano en collaboration avec le programme PLANE financé par le Royaume-Uni, révèle que 99,6 % des parents interrogés considèrent l'éducation formelle comme « importante » ou « très importante ». Ce chiffre contredit les idées reçues attribuant la déscolarisation à un refus des familles. Au contraire, plus de 90 % des parents se disent favorables à une égalité d'accès à l'école pour les filles et les garçons, déplaçant ainsi la responsabilité de la crise vers les capacités de service public et l'équité du système.

Des barrières économiques et structurelles

Si la volonté des familles est réelle, la réalité du terrain impose des freins majeurs. Les contraintes financières arrivent en tête des motifs de non-scolarisation (22,3 %), suivies par le manque d'infrastructures scolaires à proximité. Le rapport souligne également que les travaux domestiques, le travail des enfants et les distances géographiques importantes empêchent une scolarisation durable. Le taux de déscolarisation varie drastiquement selon les zones, atteignant des niveaux critiques de 40 % dans certains districts comme Doguwa, contre 0 % dans d'autres, illustrant une fracture territoriale profonde.

La spécificité du déséquilibre masculin

Contrairement aux tendances observées dans d'autres régions, le taux d'enfants hors du système scolaire à Kano est plus élevé chez les garçons (54,2 %). Ce phénomène est largement alimenté par le système traditionnel Almajiri, où les jeunes garçons sont envoyés dans des écoles coraniques informelles, les éloignant souvent du cursus académique classique. Cette dynamique, couplée à la nécessité économique de faire travailler les jeunes garçons, crée un déséquilibre qui nécessite, selon les experts, une réponse multisectorielle intégrant la lutte contre la pauvreté et une meilleure régulation des systèmes d'apprentissage traditionnels.

Vers une stratégie ciblée

Les données collectées, segmentées par âge, genre et zone géographique, offrent désormais une base de travail précise pour le gouvernement. L'objectif est de passer d'une approche globale à des interventions ciblées, notamment dans les dix zones de gouvernement local les plus touchées. Pour les décideurs, l'enjeu est de taille : réduire ces disparités est indispensable pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD 4) d'ici 2030 et limiter les risques de précarité générationnelle et d'instabilité sociale liés à un manque de formation de la jeunesse.

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