Réunis lors de la première édition du forum Africa Mindset Reset à Kigali, les anciens dirigeants Paul Kagame, Thabo Mbeki et Hailemariam Desalegn ont livré un témoignage rare sur les ressorts psychologiques de leur engagement politique. Loin des protocoles officiels, ces figures de proue du continent ont exploré comment la famine, l'apartheid et l'exil ont transformé des traumatismes personnels en leviers d'action publique.
L'ingénierie au service de la souveraineté alimentaire
Pour l'ancien Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, le déclic remonte à ses neuf ans, face à la famine qui frappait sa région natale. Ce souvenir marquant a dicté son orientation académique vers l'ingénierie hydraulique, avec pour ambition de briser la dépendance de son pays à l'aide internationale. Une fois au pouvoir, il a dû affronter un défi culturel majeur : transformer la mentalité de paysans habitués à l'assistance alimentaire. Sa stratégie a reposé sur des investissements massifs dans l'irrigation et l'extension agricole, prouvant par le résultat concret que la dépendance n'était pas une fatalité.
L'engagement politique comme choix existentiel
Thabo Mbeki, ancien président sud-africain, a souligné que son entrée dans la lutte contre l'apartheid dès l'âge de 13 ans relevait d'une décision consciente. Pour sa génération, le système ségrégationniste était une aberration morale qu'il fallait combattre, quel qu'en soit le prix personnel. Mbeki insiste sur la nécessité pour la jeunesse de définir un but qui dépasse les ambitions individuelles. Selon lui, la persévérance dans l'action, même lorsque les progrès semblent imperceptibles, reste la clé pour transformer durablement une société.
Refuser la fatalité de l'apatridie
Le parcours de Paul Kagame est indissociable de son enfance marquée par l'exil en Ouganda, après que sa famille a fui le Rwanda alors qu'il n'avait que quatre ans. Cette condition de réfugié, vécue comme une négation de son identité, a nourri une détermination farouche à ne pas accepter l'apatridie comme un état permanent. Pour le président rwandais, l'histoire héritée n'est pas une condamnation, mais une matière première que chaque génération doit façonner. Il appelle les jeunes Africains à ne pas subir les circonstances, mais à choisir activement la manière dont ils y répondent.
La responsabilité face aux nouveaux défis
Le forum, qui a réuni de nombreux jeunes entrepreneurs et créateurs de contenu, a permis de mettre en perspective ces trajectoires historiques avec les enjeux contemporains. Si les contextes ont radicalement changé, le message des trois leaders reste constant : la capacité à transformer les contraintes en opportunités dépend avant tout d'un changement de paradigme individuel. L'enjeu pour la jeunesse africaine actuelle, selon ces figures, est de transformer les ressources et les idées disponibles en résultats concrets, en assumant pleinement la responsabilité de leur propre destin collectif.