Face à une économie créative qui représente encore moins de 2 % du PIB du continent, Juliet Ehimuan, fondatrice de Beyond Limits, appelle à une mutation structurelle profonde. L'ancienne directrice de Google West Africa exhorte les entrepreneurs et créateurs africains à délaisser la simple production de contenus pour se concentrer sur la détention de propriété intellectuelle et la création d'entreprises pérennes.
Le défi de la captation de valeur
Lors de son intervention au sommet Moonshot 2026, Juliet Ehimuan a souligné que le talent créatif africain, bien que foisonnant, peine à se traduire en poids économique significatif. Le passage obligé pour les acteurs du secteur est la transition vers un modèle d'affaires fondé sur la propriété intellectuelle (PI). Selon l'experte, posséder les droits sur ses créations est le levier indispensable pour multiplier les sources de revenus, permettant par exemple de décliner une œuvre originale en séries, podcasts ou autres produits dérivés commercialisables.
Priorités stratégiques pour le secteur créatif
Pour structurer cette montée en puissance, trois axes prioritaires ont été identifiés. En premier lieu, l'adoption et le développement de capacités en intelligence artificielle sont jugés cruciaux pour accroître la productivité et rester compétitif face aux évolutions technologiques mondiales. Parallèlement, les entreprises doivent impérativement se doter d'infrastructures de distribution robustes pour atteindre des marchés plus vastes. Enfin, la protection rigoureuse des droits et permissions est présentée comme le socle nécessaire pour transformer une idée en un actif valorisable sur le long terme.
Vers une professionnalisation des entreprises culturelles
L'enjeu dépasse la simple création artistique : il s'agit de bâtir des structures entrepreneuriales capables de porter ces actifs. Juliet Ehimuan insiste sur la nécessité de passer d'un statut de talent individuel à celui d'entreprise structurée. Cette professionnalisation est perçue comme la seule voie pour que l'économie créative africaine cesse d'être un secteur sous-exploité et devienne un moteur de croissance économique capable de générer une valeur ajoutée réelle et durable sur le continent.