La création de Kiiraay, nouvelle formation politique du président Bassirou Diomaye Faye, provoque une onde de choc au sein de la mouvance restée fidèle à Ousmane Sonko. L’avocat Juan Branco, figure centrale de la défense judiciaire de Pastef, y voit une trahison des idéaux fondateurs du parti, symbolisée par des gestes perçus comme une capitulation face aux puissances étrangères.
Une rupture idéologique contestée
La naissance de Kiiraay, présentée comme une refonte de l’engagement politique du chef de l’État, est interprétée par une partie de l’ancienne garde de Pastef comme un renoncement aux principes souverainistes qui ont structuré le mouvement. Juan Branco, avocat franco-espagnol et proche collaborateur d’Ousmane Sonko, dénonce cette initiative comme un « renoncement » aux valeurs portées par le parti durant les années de lutte politique. Il s’appuie sur des épisodes concrets, comme une rencontre diplomatique où le président aurait proposé un terrain de golf à son homologue américain, un geste qu’il qualifie d’« humiliant » et incompatible avec la dignité nationale revendiquée par Pastef.
Cette critique s’inscrit dans une série de prises de position virulentes de l’avocat, qui avait déjà dénoncé le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature en mai, qualifiant cet événement de « plus grande trahison de l’histoire du Peuple sénégalais ». Pour Branco, la création de Kiiraay marque une étape supplémentaire dans l’éloignement du président Faye vis-à-vis des idéaux de la révolution citoyenne, perçue comme un abandon des militants ayant payé un lourd tribut pour ces principes.
Une fracture politique aux conséquences incertaines
La polémique autour de Kiiraay révèle une division profonde au sommet de l’État sénégalais, opposant ceux qui soutiennent une continuité des idéaux de Pastef à ceux qui prônent une réorientation stratégique. Les propos de Juan Branco, teintés de références aux sacrifices passés – morts, emprisonnements, tortures –, soulignent l’ampleur du contentieux entre les deux hommes forts de l’exécutif. En associant la création de cette nouvelle formation à la mémoire des militants disparus, l’avocat en fait un symbole de rupture irréversible, excluant toute possibilité de réconciliation future.
Cette crise interne, déjà palpable après le départ forcé d’Ousmane Sonko de la Primature, pourrait affaiblir la cohésion du camp présidentiel et fragiliser la légitimité du nouveau parti. Les tensions entre les partisans de Faye et ceux restés fidèles à Sonko risquent de s’exacerber, avec des répercussions potentielles sur la stabilité politique du pays. Dans un contexte où le Sénégal cherche à consolider sa souveraineté, cette division interroge sur l’avenir des idéaux qui ont porté la victoire électorale de 2024.