Un journaliste camerounais est détenu sans contact depuis plusieurs jours après avoir publié une photo de militaires en patrouille dans une zone de conflit. Son arrestation, qualifiée d’arbitraire, relance les tensions autour de la liberté de la presse dans le pays.
Les faits essentiels
George Atabong Lekeaka a été arrêté le 10 août après avoir publié sur Facebook une photo montrant un soldat et un policier en patrouille à Buea, dans la région anglophone du Sud-Ouest. Le cliché, partagé sur la page *All-About-Cameroon*, accompagnait un message alertant sur des échanges de tirs entre l’armée et des séparatistes. Identifié par les forces de sécurité lors d’une recherche dans le secteur, le journaliste s’est présenté à eux avant d’être emmené.
Depuis son arrestation, Lekeaka est détenu sans accès à un avocat ni à sa famille. Son avocat, Emmanuel Aleambong Nkea, n’a pu obtenir aucune information sur son lieu de détention après avoir visité les locaux militaires et de gendarmerie. Un témoin cité dans un recours en *habeas corpus* indique avoir été contraint de quitter les lieux sous la menace, sans savoir où était emmené le journaliste.
Pourquoi c'est important
Cette détention illustre les risques encourus par les journalistes couvrant le conflit anglophone, marqué par une répression systématique des voix critiques. Depuis 2016, les autorités camerounaises multiplient les arrestations de reporters sous des prétextes sécuritaires, souvent pour des durées prolongées. Trois des quatre journalistes emprisonnés dans le pays purgent des peines de plus de neuf ans pour leur couverture du conflit, un record en Afrique subsaharienne après l’Érythrée.
L’affaire Lekeaka soulève également des questions sur le respect des droits fondamentaux, notamment l’accès à un avocat et à un procès équitable. Les organisations de défense de la presse dénoncent une stratégie de silence visant à étouffer l’information dans une région déjà sous haute tension.
Ce qu'il faut surveiller
Les prochaines étapes dépendront de la capacité des autorités à clarifier la situation de Lekeaka. Son avocat a déposé un recours en *habeas corpus* pour exiger sa présentation devant un tribunal, mais aucune date n’a été fixée. Les appels et messages adressés aux responsables locaux et militaires sont restés sans réponse, laissant planer des doutes sur la transparence du processus.
Par ailleurs, cette affaire pourrait relancer les débats sur la sécurité des journalistes dans les zones de conflit, où les accusations de « fausses nouvelles » ou de « sécession » servent souvent à justifier des détentions prolongées. La communauté internationale pourrait exercer une pression accrue pour la libération du journaliste et la protection des professionnels des médias.