Le 12 octobre 2026, l’ancien chef d’État Joseph Kabila a annoncé la création du Front pour la refondation de la nation (FRN) à Goma, ville contrôlée par les rebelles depuis janvier 2025. Le nouveau mouvement, à la fois politique et militaire, se positionne contre le président Félix Tshisekedi en invoquant l’article 64 de la Constitution congolaise et promet de mettre fin à ce qu’il qualifie de « tyrannie » par tous les moyens, y compris la force.
Un nouveau front qui succède à l’AFC/M23
Le FRN apparaît comme la continuité directe de l’alliance rebelle AFC/M23, dissoute officiellement lors de l’annonce de Kabila. Deux figures majeures de l’ancienne coalition, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, ont été nommés vice‑présidents du nouveau groupe, assurant ainsi une transition de commandement sans rupture majeure. Cette réorganisation vise à consolider les forces armées présentes dans l’est du pays et à renforcer leur capacité à défier le gouvernement central.
Une revendication constitutionnelle et un appel à la force
En s’appuyant sur l’article 64 de la Constitution congolaise, le FRN conteste la légitimité du mandat de Félix Tshisekedi, affirmant que le président actuel aurait violé les principes fondamentaux de la gouvernance. Le communiqué du mouvement précise que la lutte contre la « tyrannie » pourra recourir à la force, un discours qui rappelle les stratégies militaires employées lors des précédentes insurrections dans le Kivu.
Le parallèle historique avec l’AFDL de 1996‑1997
Le lancement du FRN rappelle le rôle joué par le père de Joseph Kabila, Laurent‑Désiré Kabila, qui avait fondé l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo‑Zaïre (AFDL) en octobre 1996. Soutenue par plusieurs États voisins, l’AFDL avait conduit à la chute de Mobutu Sese Seko en mai 1997 et à l’accession de Laurent‑Désiré Kabila à la présidence. Aujourd’hui, près de trois décennies plus tard, c’est depuis l’est du pays que la dynastie Kabila reprend la direction d’une rébellion, cette fois dirigée contre le pouvoir de Kinshasa.
Une condamnation à mort qui planche sur le conflit
Joseph Kabila a été condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 pour trahison et crimes de guerre, accusation qu’il a toujours qualifiée de « procès politique ». Les autorités congolaises l’accusent d’être le parrain de l’AFC/M23, un lien que le leader du FRN nie fermement. Cette condamnation, toujours en vigueur, ajoute une dimension juridique au conflit et pourrait influencer les négociations futures entre le gouvernement et les groupes armés.
Implications pour la stabilité du pays
Le FRN, en combinant une revendication constitutionnelle avec une capacité militaire renforcée, risque d’intensifier les affrontements dans la région du Kivu, déjà marquée par des déplacements massifs de populations et des violations des droits humains. La communauté internationale suit de près l’évolution du front, consciente que toute escalade pourrait compromettre les efforts de paix en cours et affecter la sécurité régionale.