Un géant pharmaceutique américain cède face à un contentieux historique : Johnson & Johnson a accepté de verser 5,5 milliards de dollars pour solder près de 76 000 plaintes aux États-Unis, accusant son talc pour bébé d’avoir favorisé des cancers. Cet accord, bien que ne reconnaissant aucune responsabilité, marque la fin d’une décennie de procédures judiciaires et ouvre une nouvelle phase pour le groupe, désormais recentré sur ses activités médicales.
Un contentieux sanitaire aux racines profondes
Le règlement intervient après plus de dix ans de batailles juridiques aux États-Unis, où des milliers de plaignants ont accusé la poudre pour bébé à base de talc du groupe d’avoir contribué au développement de cancers, notamment de l’ovaire, de la plèvre ou du péritoine. Johnson & Johnson, qui nie catégoriquement tout lien entre son produit et ces maladies, avance que les accusations « manquent de fondement scientifique ». Malgré cette position, le groupe a choisi de solder le litige par un accord financier massif, estimé à 5,5 milliards de dollars, afin de tourner la page d’un dossier judiciaire particulièrement lourd.
La controverse a forcé le géant américain à revoir en profondeur la composition de son produit emblématique. Dès 2020, Johnson & Johnson a cessé de commercialiser sa poudre pour bébé à base de talc aux États-Unis et au Canada, la remplaçant par une formule à base d’amidon de maïs. En 2023, le produit a également été retiré du marché britannique, reflétant l’ampleur des inquiétudes sanitaires. Au cœur du débat se trouve la question de l’amiante : bien que le groupe affirme que son talc n’en contient pas, des soupçons de contamination dans certains gisements naturels persistent, alimentant les accusations des plaignants.
Un règlement sans reconnaissance de responsabilité, mais une ombre persistante
Malgré l’accord conclu aux États-Unis, Johnson & Johnson maintient sa position : le groupe rejette toute implication de son talc dans l’apparition de cancers. Pour le vice-président chargé du contentieux, Erik Haas, l’entreprise aurait pu obtenir gain de cause en poursuivant les procédures devant les tribunaux. Cependant, le versement de 5,5 milliards de dollars vise avant tout à mettre un terme à des années de contentieux impliquant des dizaines de milliers de plaignants, tout en permettant au groupe de recentrer ses activités sur le développement de médicaments et de dispositifs médicaux.
Les difficultés judiciaires de Johnson & Johnson ne se limitent pas aux États-Unis. Une procédure similaire a été engagée au Royaume-Uni en 2025, où plus de 3 000 plaignants réclament des indemnisations pouvant dépasser un milliard de livres sterling. Ce nouveau front judiciaire souligne que le contentieux sanitaire autour du talc pourrait encore s’étendre, malgré l’accord américain. Pour le groupe, l’enjeu est désormais de restaurer sa réputation tout en gérant les risques juridiques persistants à l’international.