Créé le 27 août 1991 à partir d'une modeste bourgade rurale, l'État nigérian de Jigawa aborde ses 35 ans avec un pari clair : convertir une économie largement agricole et de subsistance en moteur de croissance productive. L'administration du gouverneur Umar A Namadi, en poste depuis mai 2023, situe son action dans une continuité historique tout en imprimant une nouvelle orientation vers l'investissement de capital et le capital humain.
Jigawa dispose aujourd'hui d'une administration publique structurée, de 27 collectivités locales, d'universités, d'un aéroport international et d'un réseau routier en expansion. Ces acquis résultent de l'accumulation de plusieurs gouvernances, militaires puis civiles, et non d'une seule administration. Namadi a hérité d'un État aux fondations solides mais confronté à des défis structurels persistants : dépendance à l'agriculture, pauvreté diffuse, déficit d'enseignants et de personnel soignant, et inondations récurrentes dans le bassin de la rivière Hadejia.
Un budget recentré sur l'investissement
La particularité du mandat Namadi tient à l'articulation entre discipline budgétaire et effort d'investissement. Le budget de l'État est passé de 698,30 milliards de nairas en 2024 à 756,30 milliards en 2025, puis à 901,84 milliards en 2026. Sur ce dernier exercice, 693,40 milliards, soit 76,9 %, sont dédiés aux dépenses d'investissement, un choix qui oriente les ressources vers l'agriculture, les routes, la santé, l'éducation et l'énergie.
L'agriculture comme stratégie économique
L'agriculture concerne environ neuf actifs sur dix dans l'État et constitue donc le premier levier de transformation. Les superficies consacrées au blé sont passées de 55 000 à plus de 70 000 hectares, avec des objectifs de 120 000 puis 250 000 hectares. Le programme « Rice Millionaires » vise 500 000 hectares d'ici 2030, avec l'ambition de fournir jusqu'à la moitié des besoins nationaux en riz. L'État a par ailleurs acquis 300 tracteurs et 60 moissonneuses-batteuses, formé 30 jeunes ingénieurs en Chine et déployé 1 500 agents de vulgaration via J-AGRO.
L'enjeu désormais est de capter davantage de valeur ajoutée localement par la transformation, le stockage et l'industrialisation. La relance de la zone franche de Maigatari et l'installation d'un laboratoire halal de la SON à Dutse s'inscrivent dans cette logique de connexion entre production et marchés.
Éducation et santé : miser sur le capital humain
Dans l'éducation, plus de 10 000 postes d'enseignants étaient vacants à la prise de fonctions. Quelque 3 000 enseignants temporaires ont été régularisés, 4 000 candidats supplémentaires recrutés et 500 millions de nairas affectés à la formation continue. L'État a aussi créé un conseil dédié aux écoles tsangaya pour intégrer alphabétisation et compétences de base dans l'enseignement coranique traditionnel. À l'université Sule Lamido, plus de 26 milliards de nairas sont investis, notamment pour une faculté de médecine, et l'État a acquis pour 11 milliards de nairas l'Université Khadijah, transformée en université des sciences médicales.
Dans la santé, plus de 3 000 agents ont été recrutés et l'alignement des salaires sur la grille fédérale est effectif depuis décembre 2024. Le programme J-Basic Health Package, doté de 2 milliards de nairas, offre une couverture gratuite à plus de 200 000 résidents vulnérables.
Infrastructures et résilience face aux inondations
Le volet infrastructures combine désenclavement et préparation climatique. Les contrats routiers couvrent environ 978 kilomètres pour plus de 304 milliards de nairas, et 82 milliards de dettes héritées ont été apurés. L'État a pris une participation de 10 % dans KEDCO, créé un ministère de l'Énergie et budgété 50,7 milliards de nairas en 2026 pour l'électrification rurale. Plus de 159 kilomètres de canaux sont curés et 132 kilomètres de digues construits pour protéger le bassin de Hadejia.
La suite dépendra de la capacité de Jigawa à convertir ces investissements en productivité et en recettes internes, l'objectif de revenus propres fixé à 88,9 milliards de nairas constituant un indicateur clé de la soutenabilité du modèle.