Il est né en 2002. Il a grandi en regardant l’Afrique parler de son avenir au nom de générations à venir. Aujourd’hui, à 24 ans, il est diplômé, sans emploi, et absent de toutes les décisions qui le concernent. Il s’appelle Moussa, Aminata, Kofi, Fatou — et il représente la majorité absolue du continent africain.
L’Afrique est le continent le plus jeune du monde. Médiane d’âge : 19 ans. D’ici 2050, un humain sur quatre sur cette planète sera africain. Ces chiffres sont cités avec fierté dans les discours des chefs d’État, les rapports des institutions internationales, les forums économiques de Davos ou d’Abidjan. Mais derrière l’enthousiasme des statistiques se cache une réalité brutale : cette jeunesse est la grande absente des lieux où se décide son destin.
Des parlements aux mains des anciens
Regardons les faits. L’âge moyen d’un parlementaire africain dépasse 55 ans dans la quasi-totalité des pays du continent. Dans plusieurs États, les constitutions imposent un âge minimum de 40 ou 45 ans pour accéder à la présidence. Des hommes qui ont gouverné pendant vingt, trente, parfois quarante ans se maintiennent au pouvoir par des réformes constitutionnelles taillées sur mesure. La jeunesse regarde. Elle vote, parfois. Elle manifeste, souvent. Mais elle ne décide presque jamais.
Ce n’est pas un accident. C’est un système. Les réseaux de clientélisme politique, hérités des structures coloniales, se reproduisent de génération en génération. L’accès aux ressources économiques, aux financements électoraux, aux réseaux d’influence — tout est concentré dans les mains d’une élite vieillissante qui a fait du pouvoir un patrimoine privé. La jeunesse, elle, reçoit des slogans : « vous êtes l’avenir ». Mais on ne lui remet jamais les clés du présent.
L’héritage de Kwame Nkrumah : une vision trâtre
Kwame Nkrumah l’avait prédit. Il savait que l’indépendance formelle ne suffirait pas. Dans son ouvrage fondateur, il avertissait que le néocolonialisme serait la forme ultime de l’impérialisme — celle où on libère le drapeau mais on garde le système. Ce qu’il n’avait peut-être pas suffisamment anticipé, c’est que les élites africaines elles-mêmes deviendraient les gardiennes de ce système. Elles ont intégrisé la logique d’exclusion. Elles ont marginalisé la jeunesse au nom de la stabilité, de l’expérience, de la tradition.
La révolte s’organise, mais sans espace
Pourtant, la jeunesse ne se tait plus. Du Mouvement Y’en a Marre au Sénégal, au #EndSARS au Nigeria, aux manifestations anti-coup d’État au Burkina Faso et au Mali, en passant par les mobilisations étudiantes au Cameroun ou en RDC : une génération se soulève. Elle use des réseaux sociaux comme d’une arme. Elle crée des médias alternatifs. Elle s’organise en dehors des structures partisanes traditionnelles. Mais sans accès aux ressources institutionnelles, ces élans se heurtent à la répression, à la cooptation ou à l’épuisement.
Le panafricanisme comme horizon intergénérationnel
La vision panafricaine a toujours été portée par des jeunes. Du Bois avait 29 ans lors du premier Congrès panafricain. Nkrumah, Lumumba, Fanon — tous ont été des forces révolutionnaires dans leur jeunesse. Aujourd’hui, cette tradition doit être revendiquée par une nouvelle génération qui refusé l’émiettement national et qui comprend que les frontières héritées de la colonisation ne font qu’affaiblir chacun des 54 États africains face à des puissances mondiales coaligées. L’unité africaine n’est pas une utopie romantique. C’est la seule stratégie de survie collective qui tienne la route.
Jusqu’à quand accepterons-nous d’être la main-d’œuvre du monde et les spectateurs de notre propre avenir ? Jusqu’à quand laissera-t-on des sexagénaires décider du futur d’un continent dont 60 % de la population a moins de 25 ans ? La réponse ne viendra pas d’en haut. Elle ne viendra pas non plus des organisations internationales ni des bailleurs étrangers. Elle viendra de nous. Elle viendra de cette jeunesse qui, malgré tout, refuse de se laisser confisquer son continent.
L’Afrique est le continent le plus jeune du monde. Médiane d’âge : 19 ans. D’ici 2050, un humain sur quatre sur cette planète sera africain. Ces chiffres sont cités avec fierté dans les discours des chefs d’État, les rapports des institutions internationales, les forums économiques de Davos ou d’Abidjan. Mais derrière l’enthousiasme des statistiques se cache une réalité brutale : cette jeunesse est la grande absente des lieux où se décide son destin.
Des parlements aux mains des anciens
Regardons les faits. L’âge moyen d’un parlementaire africain dépasse 55 ans dans la quasi-totalité des pays du continent. Dans plusieurs États, les constitutions imposent un âge minimum de 40 ou 45 ans pour accéder à la présidence. Des hommes qui ont gouverné pendant vingt, trente, parfois quarante ans se maintiennent au pouvoir par des réformes constitutionnelles taillées sur mesure. La jeunesse regarde. Elle vote, parfois. Elle manifeste, souvent. Mais elle ne décide presque jamais.
Ce n’est pas un accident. C’est un système. Les réseaux de clientélisme politique, hérités des structures coloniales, se reproduisent de génération en génération. L’accès aux ressources économiques, aux financements électoraux, aux réseaux d’influence — tout est concentré dans les mains d’une élite vieillissante qui a fait du pouvoir un patrimoine privé. La jeunesse, elle, reçoit des slogans : « vous êtes l’avenir ». Mais on ne lui remet jamais les clés du présent.
L’héritage de Kwame Nkrumah : une vision trâtre
Kwame Nkrumah l’avait prédit. Il savait que l’indépendance formelle ne suffirait pas. Dans son ouvrage fondateur, il avertissait que le néocolonialisme serait la forme ultime de l’impérialisme — celle où on libère le drapeau mais on garde le système. Ce qu’il n’avait peut-être pas suffisamment anticipé, c’est que les élites africaines elles-mêmes deviendraient les gardiennes de ce système. Elles ont intégrisé la logique d’exclusion. Elles ont marginalisé la jeunesse au nom de la stabilité, de l’expérience, de la tradition.
La révolte s’organise, mais sans espace
Pourtant, la jeunesse ne se tait plus. Du Mouvement Y’en a Marre au Sénégal, au #EndSARS au Nigeria, aux manifestations anti-coup d’État au Burkina Faso et au Mali, en passant par les mobilisations étudiantes au Cameroun ou en RDC : une génération se soulève. Elle use des réseaux sociaux comme d’une arme. Elle crée des médias alternatifs. Elle s’organise en dehors des structures partisanes traditionnelles. Mais sans accès aux ressources institutionnelles, ces élans se heurtent à la répression, à la cooptation ou à l’épuisement.
Le panafricanisme comme horizon intergénérationnel
La vision panafricaine a toujours été portée par des jeunes. Du Bois avait 29 ans lors du premier Congrès panafricain. Nkrumah, Lumumba, Fanon — tous ont été des forces révolutionnaires dans leur jeunesse. Aujourd’hui, cette tradition doit être revendiquée par une nouvelle génération qui refusé l’émiettement national et qui comprend que les frontières héritées de la colonisation ne font qu’affaiblir chacun des 54 États africains face à des puissances mondiales coaligées. L’unité africaine n’est pas une utopie romantique. C’est la seule stratégie de survie collective qui tienne la route.
Jusqu’à quand accepterons-nous d’être la main-d’œuvre du monde et les spectateurs de notre propre avenir ? Jusqu’à quand laissera-t-on des sexagénaires décider du futur d’un continent dont 60 % de la population a moins de 25 ans ? La réponse ne viendra pas d’en haut. Elle ne viendra pas non plus des organisations internationales ni des bailleurs étrangers. Elle viendra de nous. Elle viendra de cette jeunesse qui, malgré tout, refuse de se laisser confisquer son continent.