Le pianiste et compositeur québécois Jean‑Michel Blais vient de sortir « Mirador », un album qui place la voix humaine aux côtés du piano et des cordes, tout en intégrant des références musicales d’Amérique latine. Cette démarche, qualifiée de « gros délire queer », vise à dépasser les binarités traditionnelles des chœurs et à proposer une sonorité plus inclusive et riche.
Une voix au centre du piano
Après une décennie d’explorations entre piano solo, électro, musique de film et piano‑harpe, Blais introduit la voix comme instrument principal. Selon l’artiste, les voix sont « gratuites, démocratiques et universelles », capables de toucher l’auditeur par leur humanité. Les chœurs, enregistrés avec le compositeur américain William Brittelle, s’entrelacent aux mélodies de piano et aux arrangements de cordes, apportant profondeur et chaleur aux nouvelles pièces.
Le projet queer : brouiller les registres vocaux
Blais a délibérément évité la répartition traditionnelle des voix (femmes en soprano/alto, hommes en ténor/basse). Il a écrit des partitions pour un registre central, créant ainsi une ambiguïté qui rend la perception du timbre indépendante du genre. « On s’en fout du genre, ce qui compte, ce sont les registres », affirme le compositeur, soulignant que la superposition de ces voix génère une harmonisation qu’il juge « tout simplement belle ».
Des sonorités andines et latino‑américaines
Le titre « Mirador », qui désigne une tour d’observation, reflète également les séjours de Blais en Amérique du Sud (Guatemala, Nicaragua, Argentine). Sur plusieurs morceaux, il intègre le charango et la flûte de pan, grâce à la collaboration avec le multi‑instrumentiste péruvien Tulio Velazco Villagra. Des titres comme « carnavalito » et « quwi » (quechua pour « cochon d’Inde ») illustrent cet ancrage culturel et enrichissent le paysage néoclassique de l’artiste.
Un album maximaliste face au minimalisme néoclassique
« Mirador » se veut « inhabituel » et « maximaliste », selon Blais, qui critique la tendance actuelle du néoclassicisme à la sobriété. Il veut réintroduire des pièces « rapides, techniques, joyeuses et éclatées », en contraste avec le piano feutré souvent privilégié. Cette ambition se traduit par des compositions qui passent rapidement d’une idée à l’autre, reflétant le tempérament « jovial » et « de party » du musicien.