Vingt ans après le lancement du « Plan Jaxaay », conçu pour offrir un refuge durable aux victimes des inondations de 2005, la commune de Keur Massar se retrouve piégée par les mêmes maux qu'elle devait éradiquer. Entre promesses politiques non tenues et défaillances structurelles, les habitants vivent aujourd'hui dans un environnement marqué par l'insalubrité et l'abandon des infrastructures publiques.
Un héritage de promesses non tenues
Le Plan Jaxaay, initié sous l'ère du président Abdoulaye Wade avec un budget colossal de 52 milliards de francs CFA, devait marquer une rupture dans la gestion des catastrophes naturelles au Sénégal. Si les premières livraisons de logements sociaux ont eu lieu entre 2006 et 2007, le projet s'est enlisé dès 2014. Aujourd'hui, les résidents dénoncent une absence totale de suivi. Le manque criant d'assainissement est au cœur du désastre : les fosses septiques débordent régulièrement, contaminant les espaces de vie et rendant le quotidien des familles insalubre.
Une crise sanitaire et éducative persistante
L'impact sur la santé publique est alarmant. Les riverains font état d'une recrudescence de maladies liées à la stagnation des eaux usées, notamment le paludisme, les infections cutanées et les troubles digestifs. Cette précarité touche également le secteur éducatif, illustré par la fermeture prolongée du lycée local en raison de la remontée de la nappe phréatique. Malgré des interventions ponctuelles et la construction de bassins de rétention, les conditions d'apprentissage demeurent précaires, forçant la communauté à une résilience constante face à l'inaction des pouvoirs publics.
Initiatives citoyennes face à l'inertie
Face à la carence des services municipaux, certains quartiers tentent de s'organiser par eux-mêmes. Dans le secteur 12A, les habitants ont pris en main la sécurité en finançant leur propre éclairage public et en mettant en place des comités de surveillance en collaboration avec la police. Parallèlement, la jeunesse locale cherche des alternatives via des partenariats avec des institutions académiques pour favoriser l'insertion professionnelle, refusant de dépendre exclusivement de l'intervention de l'État.
Vers une timide reprise des infrastructures
Malgré ce tableau sombre, une lueur d'espoir émerge avec la reprise, depuis janvier 2025, des travaux de reconstruction de l'hôpital de Jaxaay. Ce projet, supervisé par le ministère de la Santé, représente un enjeu majeur pour une population qui, jusqu'ici, devait parcourir de longues distances pour accéder à des soins de base. Si cette infrastructure est perçue comme un soulagement, elle ne résout toutefois pas le problème structurel de l'assainissement qui continue de menacer l'ensemble de la commune.