La saisie d’un centre de formation de l’UNRWA à Jérusalem-Est par les forces israéliennes, accompagnée d’une expulsion des employés et d’une interdiction de retour, prive 340 jeunes Palestiniens d’éducation et soulève des questions sur la stratégie israélienne visant à affaiblir l’agence onusienne, garante des droits des réfugiés palestiniens.
Une opération controversée et ses conséquences immédiates
Mardi, les forces israéliennes ont pris le contrôle du centre de formation Qalandiya, situé dans le quartier de Kafr Aqab à Jérusalem-Est, expulsant les employés de l’UNRWA et leur interdisant d’y revenir. Cinq Palestiniens ont été blessés par des tirs israéliens à proximité du site, selon le gouverneurat de Jérusalem. Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a participé à l’opération, déclarant qu’il n’y avait « pas de place pour l’UNRWA à Jérusalem et en Israël ». Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a justifié l’évacuation par une loi israélienne adoptée en 2024, restreignant les activités de l’agence.
L’UNRWA, qui gère ce centre dans le cadre de son réseau de services pour les réfugiés palestiniens, y formait environ 16 000 réfugiés originaires du camp de Qalandiya et d’autres zones de la Cisjordanie occupée. La saisie prive désormais 340 jeunes Palestiniens, majoritairement issus de milieux défavorisés, de formations essentielles pour leur insertion professionnelle et leur autonomie.
Une violation du droit international et une stratégie délibérée ?
Christian Saunders, commissaire général par intérim de l’UNRWA, a dénoncé une violation des locaux onusiens et une tentative de « saper l’agence pour éliminer les droits des Palestiniens ». Il a souligné que la saisie du centre, protégé par le droit international, prive ces jeunes d’une « opportunité de mener une vie digne et épanouie ». L’UNRWA a rejeté les allégations israéliennes selon lesquelles le bâtiment appartiendrait au Fonds national juif, affirmant qu’il s’agit d’une installation onusienne.
Israël a également justifié l’opération par la fermeture récente du checkpoint de Qalandiya et un déploiement militaire massif dans la zone, évoquant une « légalité » de l’évacuation. Pourtant, cette action s’inscrit dans un contexte plus large de pression accrue contre l’UNRWA, accusée par certains responsables israéliens de perpétuer le conflit en maintenant le statut de réfugié palestinien.
L’UNRWA dans la ligne de mire : enjeux humanitaires et politiques
Depuis le début de la guerre à Gaza et les tensions accrues en Cisjordanie, l’UNRWA est sous le feu des critiques israéliennes. Saunders a mis en garde contre une campagne visant à « affaiblir l’agence et couper ses financements », avec pour objectif ultime de faire disparaître la question des réfugiés palestiniens. « Si l’UNRWA est démantelée, le droit au retour, les réparations et les compensations pourraient disparaître avec elle », a-t-il alerté. L’agence, dont le mandat émane de l’Assemblée générale de l’ONU, assure des services humanitaires et de développement tant que le conflit israélo-palestinien reste non résolu.
Pourtant, Saunders a reconnu les limites de l’ONU face à ces incursions, soulignant que « l’ONU n’a pas le pouvoir de stopper ces agissements sans une action collective de ses États membres ». Depuis plus de sept décennies, cette impuissance persiste, malgré l’urgence humanitaire dans les territoires palestiniens.