Le Somaliland a franchi une étape diplomatique majeure en accueillant officiellement Michael Lotem, le premier ambassadeur d'Israël dans ce territoire qui a déclaré son indépendance en 1991. Cette accréditation, qui fait suite à la reconnaissance formelle du Somaliland par Tel-Aviv en décembre 2025, cristallise les tensions dans la Corne de l'Afrique tout en soulignant l'importance stratégique croissante de la région.
Une reconnaissance diplomatique inédite
Lors d'une cérémonie tenue à Hargeisa, le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, a officiellement reçu les lettres de créance de l'ambassadeur israélien. Cet événement marque une première historique : c'est la première fois qu'un État membre des Nations Unies reconnaît la souveraineté du territoire en y nommant un représentant diplomatique permanent. Les deux parties ont également profité de cette visite pour poser la première pierre d'une future ambassade israélienne, concrétisant ainsi les engagements pris lors des échanges bilatéraux précédents, notamment le déplacement du président somalilandais en Israël en juin dernier.
Enjeux stratégiques autour de la mer Rouge
La coopération entre les deux entités s'inscrit dans une perspective de long terme, portée par la position géographique du Somaliland. Situé face au Yémen, le territoire borde le détroit de Bab-el-Mandeb, un passage maritime vital pour le commerce mondial. Alors que le conflit au Yémen s'intensifie, le président Abdullahi a réaffirmé l'importance de ce partenariat pour la stabilité régionale. Israël, de son côté, ne cache pas son intérêt pour cette zone, le ministre de la Défense Israel Katz ayant évoqué une collaboration sécuritaire préexistante, bien que les discussions sur l'installation éventuelle d'une base navale restent, selon les autorités locales, au stade des spéculations.
Les vives réactions de Mogadiscio et de la communauté internationale
Cette percée diplomatique est fermement contestée par la Somalie, qui considère le Somaliland comme une partie intégrante de son territoire. Le président somalien, Hassan Sheikh Mohamud, a dénoncé les motivations d'Israël, affirmant que l'intérêt de Tel-Aviv pour la région est purement lié à un accès stratégique à la mer Rouge plutôt qu'à un soutien réel à l'autodétermination du territoire. La démarche israélienne a également suscité des condamnations de la part de l'Union africaine, de la Ligue arabe et de l'Organisation de la coopération islamique, qui y voient une atteinte à la souveraineté somalienne et un facteur de déstabilisation supplémentaire dans une région déjà sous haute tension.