Le leader du parti islamiste conservateur Raam, Mansour Abbas, a créé la surprise en plaçant Yoav Segalovich, ancien général de police et figure du sionisme, en deuxième position sur sa liste électorale. Cette manœuvre stratégique vise à transformer la représentation parlementaire des citoyens arabes d'Israël en un levier de pouvoir réel, au-delà de la simple présence à la Knesset.
Une stratégie de légitimation politique
L'intégration de Yoav Segalovich ne constitue pas une fusion idéologique. L'ancien ministre adjoint de la Sécurité publique conserve sa liberté de vote sur les questions de société, de religion et de sécurité. Pour Mansour Abbas, l'objectif est de briser le « cordon sanitaire » qui entoure les partis arabes depuis le début de la guerre et le retour de Benjamin Netanyahu au pouvoir. En s'associant à une figure issue du cœur de l'appareil sécuritaire israélien, le Raam cherche à se rendre « utilisable » pour les futures coalitions, rendant plus difficile pour les partis juifs de rejeter systématiquement une alliance avec les représentants arabes.
Au-delà du calcul électoral
Si le recrutement de Segalovich pourrait attirer quelques voix juives grâce à son bilan dans la lutte contre le crime organisé, l'enjeu est avant tout structurel. Depuis 2021, Abbas expérimente une voie pragmatique : privilégier l'accès aux budgets et aux décisions publiques plutôt que de maintenir une posture d'opposition idéologique pure. Cette approche se heurte toutefois à une réalité politique où la légitimité des élus arabes est régulièrement remise en cause par les discours de campagne de la droite israélienne, qui utilise la dépendance aux voix arabes comme un argument pour discréditer ses opposants.
Une rupture avec le nationalisme arabe traditionnel
Ce choix accentue la fracture au sein de la représentation politique arabe en Israël. Alors que la « Liste commune » (Hadash, Taal, Balad) privilégie la défense de l'identité nationale palestinienne et une unité collective, Abbas assume une stratégie d'intégration civile. Cette ligne, qui met en retrait les questions nationales au profit de la gouvernance pratique, suscite des critiques internes. Certains électeurs y voient une maturité politique capable de produire des résultats concrets, tandis que d'autres dénoncent une transformation du pouvoir arabe en un outil dont la valeur est mesurée par sa capacité à ne pas gêner le courant dominant sioniste.
Le test de la légitimité post-électorale
La réussite de cette manœuvre ne se mesurera pas au nombre de sièges obtenus, mais à la capacité de Mansour Abbas à forcer les leaders de l'opposition juive à accepter publiquement le Raam comme un partenaire légitime. En inversant symboliquement le rapport de force — où un partenaire juif rejoint une liste arabe plutôt que l'inverse —, Abbas tente de normaliser la participation arabe au gouvernement. La question centrale reste de savoir si cette stratégie permettra de transformer la valeur politique du vote arabe ou si elle affaiblira durablement la voix des citoyens palestiniens d'Israël sur les enjeux nationaux fondamentaux.