Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a annoncé son intention de faire adopter deux projets de loi visant à sanctionner sévèrement les citoyens accusés de diffamer les soldats de l'armée israélienne. Cette offensive législative intervient dans un contexte de vives tensions politiques à l'approche des élections d'octobre, exacerbées par la sortie du documentaire NAZA.
Le documentaire NAZA au cœur de la controverse
Le film NAZA, réalisé par les journalistes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a récemment été récompensé par le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise. Le documentaire s'appuie sur des témoignages anonymes d'officiers et de soldats pour documenter les allégations selon lesquelles les pertes civiles massives à Gaza seraient le résultat de décisions tactiques délibérées. Lors de la remise de son prix, Yuval Abraham a publiquement dénoncé les crimes commis par son pays, déclenchant une vague de critiques virulentes au sein de la classe politique israélienne.
Un arsenal législatif contre la critique
Pour répondre à ce qu'il qualifie d'« immense dommage » causé à l'image de l'armée, Benjamin Netanyahu propose deux mesures coercitives. La première vise à permettre la révocation de la nationalité israélienne pour toute personne accusée de diffamation envers les militaires. La seconde prévoit une augmentation par vingt des dommages et intérêts pouvant être réclamés dans le cadre de poursuites pour diffamation. Le Premier ministre a explicitement cité le film NAZA, ainsi que des déclarations passées de personnalités politiques et des fuites de vidéos sur les abus envers des détenus, comme justifications de cette nouvelle ligne dure.
Enjeux juridiques et électoraux
Ces annonces s'inscrivent dans une stratégie politique alors que les sondages suggèrent une difficulté pour la coalition de droite au pouvoir à conserver sa majorité lors du scrutin du 27 octobre. En ciblant ses rivaux politiques sur leur manque de fermeté face au documentaire, Netanyahu cherche à consolider son électorat. Toutefois, la mise en œuvre de ces projets de loi pourrait se heurter à des obstacles constitutionnels majeurs. En 2022, la Cour suprême d'Israël avait déjà encadré la révocation de la citoyenneté pour « rupture de confiance » envers l'État, et toute nouvelle législation restrictive ferait, selon toute vraisemblance, l'objet de contestations judiciaires immédiates devant les instances nationales.