Le programme européen IRIS², destiné à garantir l'indépendance numérique du continent, franchit une étape industrielle décisive. Thales Alenia Space a officialisé un partenariat avec Eutelsat pour concevoir les charges utiles sécurisées de 330 satellites, un contrat dont la valeur globale dépasse les 3 milliards d'euros.
Une architecture industrielle pour la souveraineté spatiale
Ce projet, porté par la Commission européenne, s'appuie sur le consortium SpaceRISE, incluant Eutelsat, SES et Hispasat. Il s'agit du premier partenariat public-privé de cette envergure en Europe. Thales Alenia Space, coentreprise de Thales et Leonardo, fournira l'électronique embarquée, véritable « cœur intelligent » des satellites. Le déploiement se fera en deux phases : une première vague de 66 satellites en bande Ka prévue pour 2029, suivie d'une seconde de 264 unités utilisant les bandes Ku et Ka dès 2030. Les plateformes seront construites par Airbus Defence and Space et Aerospacelab.
Technologie 5G et résilience des communications
La constellation IRIS² ambitionne d'introduire la 5G spatiale avec un niveau de cybersécurité renforcé. Grâce à des antennes actives capables de concentrer le signal sur des zones précises et à des liaisons laser inter-satellites, le réseau permettra un transfert de données direct sans repasser systématiquement par des stations au sol. Outre les 330 satellites en orbite basse, 18 unités seront placées en orbite moyenne à 8 000 kilomètres d'altitude pour assurer une couverture permanente et sécurisée aux gouvernements, aux armées et aux services de gestion des urgences.
Réduire la dépendance aux opérateurs étrangers
L'enjeu central d'IRIS² est de s'affranchir de la dépendance actuelle envers les infrastructures satellitaires non-européennes, telles que Starlink. En développant ses propres capacités de communication chiffrées, l'Union européenne cherche à sécuriser ses échanges stratégiques contre tout risque d'interruption de service imposé par des acteurs tiers. Au-delà des télécommunications, cette constellation servira de relais pour accélérer la transmission des données issues des programmes européens d'observation de la Terre et de navigation, renforçant ainsi l'autonomie technologique globale du bloc.