Une opération coordonnée d’Interpol a permis de démanteler une partie d’un réseau criminel transnational lié au groupe nigérian Black Axe, avec 58 arrestations et plus de 2,3 milliards d’euros saisis, principalement en Afrique du Sud. Les enquêtes révèlent des activités allant des fraudes numériques sophistiquées au trafic de stupéfiants et à la traite de femmes, illustrant l’évolution d’un mouvement étudiant devenu une organisation criminelle mondialisée.
Black Axe : d’une confrérie étudiante à un empire criminel de 4,3 milliards d’euros
Fondé en 1977 sous le nom de Neo-Black Movement of Africa par des étudiants de l’université du Bénin (État d’Edo, Nigeria), Black Axe a progressivement abandonné ses origines non violentes pour se spécialiser dans la cybercriminalité et d’autres activités illicites. Le groupe, qui revendique aujourd’hui environ 30 000 membres répartis sur quatre continents, génère des revenus estimés à plus de 4,3 milliards d’euros par an, selon des sources spécialisées. Ses activités incluent la compromission de messageries professionnelles, le trafic de stupéfiants, l’extorsion et la traite de femmes nigérianes vers l’Europe.
L’Afrique du Sud, épicentre des saisies : 39 arrestations et 2,3 milliards d’euros gelés
L’opération Jackal IV, menée dans 22 pays, a enregistré son bilan le plus lourd en Afrique du Sud, où 39 arrestations ont été effectuées. Les autorités ont perquisitionné sept sites à Johannesburg, saisi environ 2,3 milliards d’euros et gelé 257 comptes bancaires. Ces chiffres reflètent l’ampleur des flux financiers illicites générés par le réseau, ainsi que la sophistication de ses mécanismes de blanchiment.
Un modèle criminel en mutation : crime-as-a-service et escroqueries à grande échelle
En Argentine, l’enquête a ciblé un réseau de « crime-as-a-service », un modèle où des outils numériques (noms de domaine, services de blanchiment) sont loués à d’autres criminels. Dix-sept membres ont été arrêtés, tandis que 196 individus ont été identifiés comme bénéficiaires de ces services, certains n’ayant pas encore été interpellés. En Roumanie, une escroquerie à l’investissement a permis de voler 143 millions d’euros, avec la saisie de 330 000 euros en espèces et cryptomonnaies, ainsi que de six biens immobiliers. En Italie, une opération de blanchiment de 845 000 euros, répartis en 560 transactions, a conduit à l’identification d’un individu supplémentaire.
Une menace persistante : l’adaptation des réseaux criminels aux nouvelles technologies
Les résultats de l’opération Jackal IV soulignent la capacité des groupes criminels comme Black Axe à exploiter les failles des systèmes financiers et numériques pour étendre leur influence. Leur diversification des activités – passant des escroqueries par e-mail rudimentaires à des fraudes sophistiquées et à des réseaux de traite humaine – révèle une stratégie d’adaptation constante. Pour les autorités, cette opération marque une étape importante, mais les experts alertent sur la nécessité d’une coopération internationale renforcée pour contrer ces réseaux en constante évolution.