Intensification du conflit au Kordofan du Nord : exode forcé et crise humanitaire grandissante

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 27 lectures
Intensification du conflit au Kordofan du Nord : exode forcé et crise humanitaire grandissante

Le conflit qui ravage le Kordofan du Nord empêche les civils de fuir les combats, tout en multipliant les déplacements internes et les violations du droit international humanitaire. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et les autorités de l'ONU alertent sur une situation qui menace la vie des populations et complique l'acheminement de l'aide.

Les faits essentiels

Entre le 28 et le 30 juin, l’OIM a recensé 2 245 personnes déplacées depuis les villes de Kadougli et Dilling ainsi que des villages de la localité de Habila, dans le Kordofan du Sud, à cause de l’escalade des combats. Au total, 109 incidents ayant déclenché des vagues de déplacements ont été documentés entre le 25 octobre 2025 et le 23 juin 2026, avec une hausse notable du nombre de personnes quittant la région par rapport à la fin février dernier. À El‑Obeid, capitale du Kordofan du Nord, l’armée de Port‑Soudan a imposé une interdiction totale de sortie pour les civils, sur ordre du commandant de la 5ᵉ division d’infanterie, le général Al‑Siddiq Al‑Jili. Les points de contrôle bloquent les habitants tandis que les véhicules privés d’officiers et de hauts responsables circulent librement. Des témoignages font état d’intimidations, de pillages et de l’usage de civils comme boucliers humains, ainsi que de pressions pour les contraindre à prendre les armes, en violation flagrante du droit international humanitaire. Des pratiques similaires ont été observées à El‑Fasher après la libération de la ville par les forces de « Ta’sees », où l’armée a également empêché les civils de quitter les lieux malgré l’annonce de corridors sûrs.

Pourquoi c'est important

Tom Fletcher, secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires, a souligné que l’intensification des hostilités dans le Kordofan du Nord met en danger la vie des civils et entrave la distribution de l’aide humanitaire. Le blocage des déplacements prive les populations d’accès à la nourriture, aux soins et à la protection, tout en créant un terrain propice à l’exploitation des civils à des fins médiatiques et politiques. Selon les analyses locales, le maintien des civils dans la zone de combat sert de levier de propagande : les forces armées et les milices utilisent les victimes comme preuve de la brutalité de l’adversaire, tout en diffusant des accusations préfabriquées contre les forces de « Ta’sees ». Cette stratégie vise à mobiliser la communauté internationale, à obtenir des condamnations préventives et à légitimer les opérations militaires sous le prétexte de protéger les civils. Parallèlement, le siège s’accompagne d’une politique de famine et d’épuisement économique, les restrictions de transport et le contrôle des flux de marchandises entraînant une flambée des prix des produits de première nécessité et un état de panique généralisé.

Ce qu'il faut surveiller

Les prochains mois seront déterminants pour l’évolution de la crise. Il convient de suivre l’évolution du nombre de déplacements internes et transfrontaliers, ainsi que la capacité des organisations humanitaires à accéder aux zones bloquées. Les déclarations officielles du comité de sécurité du Kordofan du Nord sur les raisons de l’interdiction de sortie restent absentes, ce qui alimente les tensions et les accusations de discrimination. La communauté internationale devra surveiller les éventuelles violations du droit international humanitaire, notamment l’usage de civils comme boucliers et les pressions pour les enrôler dans les combats. Enfin, l’impact économique du siège – hausse des prix, pénurie de biens essentiels et risque de famine – devra être évalué afin d’anticiper d’éventuelles réponses humanitaires d’urgence.

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