Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a averti que la vague de protestations contre les data‑centers observée aux États-Unis pourrait bientôt toucher le territoire français. Il a rappelé que les projets d’infrastructures majeurs, du nucléaire au TGV, ont dû gagner l’adhésion des populations locales pour se développer, et il invite les acteurs de l’IA à reproduire ce processus d’acceptation.
Une opposition américaine qui pourrait se répliquer en France
Lors d’une conférence de presse à San Francisco, le ministre a souligné que les États‑Unis connaissent déjà des rejets de data‑centers, alimentés par leur forte consommation électrique et leur visibilité politique, notamment à l’approche des élections de mi‑mandat. Des dirigeants de Nvidia, Meta et SpaceX, réunis lors du G20 en Caroline du Nord, ont plaidé pour une multiplication de ces installations, tandis que le président Donald Trump a critiqué leurs détracteurs, les qualifiant de « arriérés et pauvres ». Lescure a indiqué que ces dynamiques pourraient se traduire par des contestations similaires sur le sol français.
Le modèle de « licence sociale » : convaincre les riverains
Pour éviter un scénario de blocage, le ministre propose aux promoteurs de data‑centers d’adopter une véritable « licence sociale ». Il s’inspire du parcours du nucléaire, construit dans les années 1970 malgré l’opposition initiale, et qui, cinquante ans plus tard, bénéficie d’un soutien local grâce aux retombées économiques et à la création d’emplois. Selon Lescure, les projets d’IA doivent démontrer leurs bénéfices concrets – emplois, dynamisation du tissu économique et partage de la valeur – afin de gagner la confiance des habitants, à l’instar du TGV dans les années 1980 ou des parcs éoliens aujourd’hui.
Atouts français : énergie décarbonée, industrie et cadre réglementaire
Dans son discours, Roland Lescure a mis en avant les spécificités françaises qui pourraient rendre le pays attractif pour ces infrastructures : une électricité largement décarbonée, des coûts compétitifs et un réseau électrique réputé stable. Il a également souligné la rapidité des procédures d’autorisation et la présence d’acteurs industriels de premier plan, tels que Schneider Electric et Legrand, capables de fournir les équipements nécessaires à la construction de data‑centers. Ces éléments, selon le ministre, constituent un argument de poids pour convaincre les décideurs et les populations locales.
Points de vue européens et enjeux géopolitiques
La vice‑présidente de la Commission européenne, Henna Virkkunen, a rappelé que concentrer les data‑centers dans quelques pays disposant d’une énergie bas carbone ne constitue pas une solution durable pour l’ensemble de l’Union. Elle a ainsi mis en garde contre une répartition inégale des investissements, qui pourrait creuser les disparités entre les États membres. Cette remarque renforce le propos de Lescure : la France doit développer son propre écosystème tout en veillant à ce que les bénéfices soient partagés au niveau national et européen.