Intégration est-africaine : quand la protection économique nationale fragilise le marché commun

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 35 lectures
Intégration est-africaine : quand la protection économique nationale fragilise le marché commun

La récente volonté du gouvernement kényan de restreindre l'accès des étrangers aux petits commerces met en lumière les tensions croissantes au sein de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC). Si l'application des lois nationales sur l'immigration et le travail est une prérogative souveraine, la confusion entre régularisation administrative et exclusion fondée sur la nationalité menace l'esprit même du marché commun régional.

La confusion entre légalité et nationalité

Le débat a été cristallisé par l'injonction du président William Ruto visant à fermer les commerces tenus par des étrangers, provoquant une vague d'incertitude chez les entrepreneurs burundais installés au Kenya. Si le gouvernement a par la suite clarifié sa position en offrant une fenêtre de régularisation, la méthode interroge : le problème réside-t-il dans l'activité économique elle-même ou dans le statut administratif des individus ? En ciblant la nationalité plutôt que le respect des normes, les États risquent de transformer l'appartenance étrangère en un handicap économique, alors que ces petits entrepreneurs, souvent intégrés aux chaînes de valeur locales, contribuent au dynamisme des marchés nationaux.

Le paradoxe de l'intégration régionale

Cette crispation révèle une contradiction profonde au sein de l'EAC. Alors que les traités prévoient la libre circulation des personnes, des services et des capitaux, les barrières non tarifaires persistent et se multiplient. Selon TradeMark Africa, le délai moyen de résolution de ces obstacles est passé de 76 jours en 2021 à 274 jours en 2024. Cette friction administrative, couplée à des mesures protectionnistes — comme l'interdiction par la Tanzanie de certaines activités aux non-citoyens — suggère que les États membres privilégient une vision étroite de la souveraineté au détriment de l'ambition commune.

Le risque d'une fragmentation économique

L'argument de la protection des opportunités pour les citoyens nationaux est une réalité politique prégnante, nourrie par des anxiétés liées à la pression démographique et à l'accès aux ressources. Toutefois, en érigeant des barrières, les pays de l'EAC risquent de créer une hiérarchie où les investissements de grande envergure sont courtisés, tandis que les petits entrepreneurs régionaux sont perçus comme des menaces. Cette approche risque de vider de sa substance le projet d'intégration : si chaque État conclut que l'opportunité économique est une chasse gardée nationale, le marché commun ne sera qu'une coquille institutionnelle vide.

Vers une régulation compatible avec l'ambition commune

Pour les décideurs, le défi consiste à faire respecter les lois nationales sans sacrifier la vision régionale. La réponse aux difficultés des entrepreneurs locaux ne réside pas dans l'expulsion des voisins, mais dans la résolution des problèmes structurels : coût du crédit, complexité fiscale, accès aux marchés et infrastructures. La pérennité de l'EAC dépendra de la capacité des États à restaurer la confiance des citoyens, en prouvant que l'espace régional est un levier de prospérité partagée et non un terrain de repli identitaire.

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