Insulter une nation, un modèle économique pour certains influenceurs africains

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 28 lectures
Insulter une nation, un modèle économique pour certains influenceurs africains

L'insulte comme fond de commerce, voilà un phénomène qui prend de l'ampleur sur les réseaux sociaux en Afrique. De Dakar à Abidjan, en passant par Yaoundé, certains créateurs de contenus ont trouvé dans le dénigrement des pays voisins une source de revenus. Derrière les millions de vues, cette tendance inquiétante fragilise des communautés réelles et commence à rencontrer la justice.

Le 21 juin 2026, un incident a marqué les esprits. Un influenceur camerounais, connu sous le pseudonyme d'Élysée le Snieper, a été interpellé à Abidjan. Il avait traité la Côte d'Ivoire de « pays de merde » lors d'un clash en ligne en 2021. Cinq ans plus tard, la vidéo a refait surface, conduisant à son arrestation. Cet épisode n'est que le dernier d'une série de dérives.

Au printemps 2025, des tiktokeurs sénégalais et ivoiriens se sont livrés à une bataille d'injures, suscitant l'indignation dans les deux pays. En juillet 2026, des citoyens sénégalais ont même demandé une intervention du procureur de la République. Ce phénomène n'est pas isolé et dépasse les frontières africaines, avec des créateurs se moquant de la « culture américaine » depuis le Groenland.

Pourquoi ces dérapages se multiplient-ils ? La réponse est simple : ils rapportent. Sur TikTok, chaque vue se monétise, chaque live génère des revenus. Certains changent même de camp selon l'audience à flatter. La modération faible, en particulier sur les contenus en langues nationales, aggrave le problème.

Deux figures se distinguent : l'humoriste clivant, qui vise la jeunesse urbaine avec des stéréotypes, et le militant numérique, qui utilise le panafricanisme à des fins douteuses. Des enquêtes ont révélé la porosité entre certains comptes très suivis en Afrique de l'Ouest et des opérations d'influence étrangère.

Les États réagissent, parfois avec excès. La justice ivoirienne a condamné Apoutchou National, un influenceur suivi, à trois ans de prison ferme pour blanchiment de capitaux. La condamnation n'était pas liée aux insultes, mais le message est clair : l'argent facile des réseaux sociaux n'échappe plus au droit commun.

Le paradoxe est que la nationalité, utilisée comme une arme par certains, peut aussi servir de pont. Le Ghana a accordé sa nationalité au streamer américain IShowSpeed, après une tournée montrant une Afrique jeune et créative. De même, la Nigériane Charity Ekezie répond avec humour aux clichés sur l'Afrique, prouvant qu'on peut faire de l'identité un sujet viral sans blesser.

Paul Sedar Ndiaye, écrivain et enseignant-chercheur, a consacré un essai à l'hospitalité dans les cultures africaines. Chez nous, l'hôte est sacré. Rien n'autorise à humilier un peuple qui nous accueille. Chaque vidéo haineuse fragilise des communautés réelles, qui n'ont rien demandé.

La réponse durable viendra de l'éducation aux médias, d'une modération adaptée et d'une nouvelle génération de créateurs compréhensive. Ces créateurs existent déjà et méritent notre attention, car ils construisent leur audience sans détester leurs voisins.

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