L'usage massif d'insecticides domestiques pour combattre les moustiques expose les populations burkinabè à des risques sanitaires majeurs, souvent méconnus. Le Dr Bibata Ouédraogo, docteure en chimie analytique et environnementale, détaille la toxicité de ces produits sur le système nerveux humain et alerte sur des pratiques quotidiennes dangereuses, notamment l'usage de spirales dans des pièces fermées.
Neurotoxicité : un mécanisme commun aux insectes et à l'homme
Les principes actifs majoritaires sur le marché — organophosphorés, carbamates, pyréthrinoïdes — agissent par inhibition de l'acétylcholinestérase, enzyme essentielle à la transmission de l'influx nerveux. Ce mécanisme est identique chez l'insecte et chez l'homme. Selon l'experte, ces molécules peuvent bloquer cette enzyme, dénaturer les cellules et l'ADN, et engendrer à long terme des maladies cancéreuses, cardiovasculaires, voire des troubles de la fertilité. Les produits d'origine naturelle, moins toxiques, restent marginaux car rares et coûteux.
Spirales et aérosols : des expositions sous-estimées dans les foyers
Les spirales (mosquitos), très répandues, présentent un double danger : la combustion incomplète dégage du monoxyde de carbone, et la fumée transporte des molécules volatiles qui s'accumulent dans les voies respiratoires et les poumons. Dormir avec une spirale allumée ou rester dans une pièce juste après une pulvérisation provoque maux de tête, toux, vomissements et vertiges à court terme. Le Dr Ouédraogo insiste : il faut quitter les lieux pendant trois à quatre heures après pulvérisation, aérer longuement, et ne jamais traiter la cuisine sans en avoir sorti aliments et ustensiles.
Résistance des moustiques et cadre réglementaire au Burkina
L'usage quotidien et répétitif favorise l'apparition de résistances chez les moustiques, rendant les produits inefficaces et incitant à changer de marque ou à augmenter les doses. Le Conseil sahélien de pesticides (CSP), agence du CILSS, homologue les molécules autorisées dans la zone sahélo-saharienne. Seuls les produits contenant ces actifs validés devraient circuler, mais le respect de cette liste sur les étals n'est pas garanti.
Hygiène, moustiquaires et alternatives naturelles : les pistes de prévention
Face à ces risques, l'experte préconise un retour aux mesures barrières : assainir l'environnement pour supprimer les eaux stagnantes, installer des moustiquaires aux ouvertures, et limiter la chimie aux situations nécessaires. Des répulsifs à base de neem, chrysanthème, zestes de citron ou huiles essentielles d'eucalyptus offrent une alternative moins toxique. Une vigilance accrue s'impose pendant les vacances scolaires, les enfants étant plus vulnérables du fait de leur système immunitaire immature.