À l'approche des élections législatives suédoises, une vaste opération de manipulation numérique a été mise en lumière par des experts en analyse de données. Plus de 8 500 comptes, localisés pour beaucoup au Nigeria, au Bénin et en Asie, ont été identifiés comme agissant de manière coordonnée pour influencer artificiellement le débat politique en ligne.
Un mécanisme d'amplification artificielle
L'enquête, menée par la société Trollrensics et l'organisation Alliance4Europe, s'appuie sur 26 indicateurs techniques pour détecter ces réseaux. Ces profils, qui utilisent fréquemment des photos volées et publient peu de contenu original, se distinguent par une activité de suivi massive envers des personnalités politiques suédoises. En gonflant artificiellement le nombre d'abonnés et en multipliant les interactions, ces comptes cherchent à donner une légitimité trompeuse à certains discours, tout en accentuant la visibilité de courants politiques spécifiques, notamment au sein du Parti modéré.
Le modèle économique des « mercenaires » du web
Loin d'être des acteurs isolés, ces profils semblent s'inscrire dans une industrie structurée de services d'amplification à la demande. Selon les chercheurs, ce réseau présente des similitudes avec des opérations observées précédemment aux Pays-Bas ou en Hongrie, où les mêmes comptes ont été réaffectés d'un débat national à un autre. Ce modèle de « guns for hire » permet à des agences de marketing ou des prestataires individuels de vendre des services de visibilité — likes, republis et abonnés — à des clients cherchant à manipuler l'opinion publique ou à simuler un soutien populaire massif.
Un climat électoral sous haute surveillance
Ces révélations s'inscrivent dans un contexte sécuritaire tendu pour la Suède, où les autorités redoutaient des tentatives de déstabilisation. Si le pays n'a pas été identifié comme une cible prioritaire des opérations d'influence russes, d'autres campagnes, telles que l'opération « Matryoshka », ont été signalées pour la diffusion de fausses vidéos visant la coalition au pouvoir. Parallèlement, des rumeurs infondées sur la fiabilité du scrutin ont circulé sur les réseaux sociaux, poussant l'agence suédoise de défense psychologique à renforcer ses mesures de protection contre la désinformation. Ces manœuvres soulignent les défis croissants posés par l'instrumentalisation des plateformes numériques dans les processus démocratiques nationaux.