Influenceurs mordus par des requins : quand la quête du cliché vire au drame

Par Rédaction KUMBA 4 min de lecture 53 lectures
Influenceurs mordus par des requins : quand la quête du cliché vire au drame

Une avocate brésilienne mordue par un requin-nourrice lors d’une sortie de plongée filmée, un influenceur chinois attaqué aux Maldives, un pêcheur presque amputé : les cas de créateurs de contenu victimes de morsures se multiplient. Derrière ces incidents, un même scénario : la recherche du cliché parfait, souvent encouragée par des pratiques de nourrissage controversées.

Les faits essentiels

En avril, Tayane Dalazen, une avocate et influenceuse brésilienne de 37 ans, a été mordue à la cuisse par un requin-nourrice de plus de deux mètres lors d’une excursion de plongée au large des côtes brésiliennes. L’animal, attiré par un nourrissage organisé pour les touristes, a refermé ses mâchoires sur sa jambe avant de la relâcher. L’incident, filmé et partagé sur les réseaux sociaux, a généré des dizaines de millions de vues.

Ce cas s’ajoute à une série d’attaques similaires impliquant des influenceurs ces derniers mois. En juillet, un créateur de contenu spécialisé dans la pêche a failli perdre une jambe après une morsure de requin de récif lors d’une sortie sous-marine. En décembre, un influenceur chinois a été mordu aux Maldives, également pendant une séance de plongée. Les deux incidents ont été capturés en vidéo.

Les scientifiques de l’International Shark Attack File confirment une hausse des morsures liées à des tentatives de tournage ou de contact avec des requins au cours des trois dernières années. Une étude récente souligne que les influenceurs et photographes sont particulièrement enclins à ignorer les consignes de sécurité lors d’expéditions avec la faune sauvage.

Pourquoi c'est important

Les attaques de requins restent statistiquement rares, avec environ 70 morsures non provoquées recensées chaque année dans le monde. Pourtant, la multiplication des vidéos montrant des humains s’approchant dangereusement de ces prédateurs – parfois en les touchant ou en les chevauchant – suscite l’inquiétude des experts. Ces comportements, souvent filmés et diffusés massivement, envoient un message trompeur au public : celui d’une absence de danger, alors que les requins réagissent par des morsures défensives ou exploratoires lorsqu’ils se sentent menacés.

Au-delà du risque immédiat pour les humains, ces interactions ont des conséquences pour les requins eux-mêmes. Des études montrent que le stress induit par ces contacts – mesuré par l’augmentation de glucocorticoïdes – affaiblit leur système immunitaire, réduit leur espérance de vie et peut entraîner des avortements. Les zones de nurserie, de reproduction ou d’alimentation, où les animaux sont particulièrement vulnérables, sont particulièrement affectées par ces perturbations.

Les spécialistes rappellent que les requins, même perçus comme inoffensifs comme le requin-nourrice, restent des prédateurs sauvages. « Vous n’iriez pas dans le Serengeti pour poser la main sur un lion », souligne Kristian Parton, expert des requins. Pourtant, des vidéos virales continuent de promouvoir des interactions directes avec des espèces dangereuses, comme les requins-tigres ou les grands blancs.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs questions restent en suspens quant à l’évolution de cette tendance. Les plateformes de réseaux sociaux, où ces vidéos circulent massivement, pourraient-elles renforcer leurs modérations pour limiter la diffusion de contenus mettant en danger les utilisateurs et les animaux ? Certains créateurs de contenu, comme Ocean Ramsey, affirment que leur objectif est éducatif et visent à changer la perception du public envers les requins. Pourtant, des experts comme le Dr Jack Cooper qualifient ces pratiques de contre-productives, soulignant qu’elles ne contribuent ni à la conservation des espèces ni à la collecte de données scientifiques fiables.

Par ailleurs, l’essor des excursions payantes de « nage avec les requins » – plus de 140 expériences proposées aux Maldives selon TripAdvisor – pourrait accentuer les risques si les opérateurs ne respectent pas des protocoles stricts. Les autorités locales et les organisateurs de ces activités devront-ils adapter leurs réglementations pour encadrer davantage ces pratiques ? Enfin, la responsabilité des plateformes et des influenceurs dans la diffusion de contenus à risque sera-t-elle davantage questionnée, alors que les incidents se multiplient ?

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