Un influenceur pro-Sonko assume devant la justice sénégalaise la paternité d’une vidéo jugée insultante envers le président Macky Sall. Mandoumbé Diop, alias « Lamignou Darou », a reconnu devant les enquêteurs de la Division spéciale de cybersécurité (DSC) être l’auteur des propos incriminés, tout en tentant de les justifier par un soutien à son leader politique, Ousmane Sonko. Son aveu ne suffira pas à éviter des poursuites pour offense au chef de l’État, un délit passible de lourdes peines.
Un aveu sans équivoque, mais une défense politique
Interpellé dans le cadre d’une enquête liée à une seconde vidéo controversée, Lamignou Darou n’a pas contesté les faits lors de son audition. Il a explicitement reconnu avoir publié une vidéo où il qualifiait le président de la République de « pitoyable » et de personne « dépourvue de courage », tout en lui souhaitant un échec total dans ses projets. Ces propos, considérés comme une offense au chef de l’État, lui valent désormais des poursuites judiciaires, au même titre que deux autres mis en cause.
Face aux enquêteurs, l’influenceur a tenté de minimiser la portée de ses déclarations en affirmant qu’elles s’inscrivaient dans une logique de défense de son leader, Ousmane Sonko, présenté comme un acteur engagé pour le développement du Sénégal. Il a également précisé que les propos n’étaient « pas dirigés contre sa personne », une nuance qui n’a pas convaincu le parquet, lequel a maintenu les charges d’offense au chef de l’État. Par ailleurs, il a admis avoir sciemment utilisé la photo du président dans sa publication, un élément aggravant dans le cadre de l’enquête.
Un procès imminent et des enjeux politiques lourds
L’affaire prend une dimension politique alors que le Sénégal traverse une période de tensions, marquée par des divisions autour de la figure d’Ousmane Sonko. Le placement sous mandat de dépôt de Lamignou Darou et de ses coaccusés reflète la fermeté des autorités face aux discours jugés subversifs, surtout lorsqu’ils visent les institutions. Le tribunal des flagrants délits de Dakar devra trancher lundi prochain sur le sort de l’influenceur, dont la défense repose sur une argumentation politique plutôt que juridique.
Cette affaire soulève des questions sur les limites de la liberté d’expression dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient les discours polarisants. Elle illustre aussi la tension persistante entre les partisans de Sonko, qui dénoncent une instrumentalisation de la justice, et les autorités, déterminées à sanctionner les atteintes à l’autorité présidentielle. Le verdict, attendu avec attention, pourrait renforcer ou atténuer les clivages dans un pays où la stabilité politique reste fragile.