Infanticide à Touba : l’ombre des rituels et le poids d’un secret familial

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 35 lectures
Infanticide à Touba : l’ombre des rituels et le poids d’un secret familial

Une jeune femme de 24 ans, mariée depuis peu, a étouffé son nouveau-né pour dissimuler une relation adultérine avec un guérisseur de 76 ans. L’affaire, survenue à Touba, met en lumière les dérives des pratiques occultes et les tensions au sein des couples en Afrique de l’Ouest.

Un drame familial aux racines occultes

Le 23 mai 2024, une jeune mariée de 24 ans, K. Fall, se présente à l’hôpital de Touba accompagnée de son époux. Elle y est soignée pour une rétention placentaire, mais transporte dans ses bras un nouveau-né de sexe masculin, déjà décédé. Les signes de violence sur le corps du bébé – ecchymose au nez, lésions crâniennes et pâleur des extrémités – alertent immédiatement le personnel soignant, qui alerte la police. Interpellée, la jeune femme finit par avouer avoir étouffé son enfant pour cacher une grossesse issue d’une relation avec un guérisseur de 76 ans, A. Diop. Selon ses déclarations, elle était convaincue que l’enfant n’était pas celui de son mari, qu’elle avait épousé quelques mois plus tôt. Les enquêteurs découvrent que la jeune femme avait accouché seule, en position debout, et que les blessures du nourrisson seraient liées à une chute lors de l’accouchement.

L’affaire prend une tournure encore plus troublante lorsque K. Fall désigne le guérisseur comme le père biologique de l’enfant. Elle affirme d’abord avoir subi un rapport sexuel imposé, avant de reconnaître avoir consenti à la relation. A. Diop, interpellé à son tour, admet finalement une relation intime avec la jeune femme, tout en niant dans un premier temps les faits. Il justifie leur union par un prétendu rituel contre un mauvais sort, censé faciliter la maternité de K. Fall. Selon ses explications, une poudre devait être appliquée sur les parties intimes des partenaires avant un rapport sexuel, accompagné de rituels incluant un caméléon mort et un linceul prélevé dans un cimetière de Touba-Bakhya, le tout assorti de versets coraniques.

Entre justice et traditions, des peines symboliques

Le procureur a requis la réclusion criminelle à perpétuité contre K. Fall pour infanticide, soulignant le caractère planifié du crime et la mauvaise foi de l’accusée. Son avocat a plaidé l’acquittement, invoquant un doute sur l’intention réelle de tuer l’enfant. La Chambre criminelle de Diourbel a finalement condamné la jeune femme à six années de réclusion criminelle. Contre A. Diop, le parquet a demandé cinq années de prison ferme pour charlatanisme, mais le tribunal n’a retenu que deux années de prison ferme assorties d’une amende de 100 000 FCFA. Ces peines, bien que moins sévères que les réquisitions, reflètent la complexité d’un dossier où se mêlent croyances, secrets familiaux et drames humains.

Cette affaire soulève des questions plus larges sur la persistance des pratiques occultes en Afrique de l’Ouest, malgré les avancées juridiques et sociales. Elle révèle aussi les tensions au sein des couples, où la pression sociale et les attentes familiales peuvent conduire à des drames. En condamnant ces actes, la justice envoie un message fort, mais l’affaire rappelle aussi l’urgence de sensibiliser les populations aux dangers des dérives des guérisseurs et aux conséquences des secrets familiaux.

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