Face aux restrictions américaines limitant l'accès aux technologies de pointe, Huawei intensifie ses efforts pour bâtir une alternative nationale aux processeurs de Nvidia. Le géant chinois mise sur une accélération de son calendrier de production et une stratégie d'interconnexion massive pour combler son retard technologique.
Une accélération stratégique des processeurs Ascend
Huawei a décidé d'avancer le lancement de ses nouveaux processeurs dédiés aux centres de données, les Ascend 960DT et 960PR. La version 960DT est désormais attendue pour début 2027, soit neuf mois plus tôt que prévu initialement, tandis que la 960PR devrait suivre au troisième trimestre de la même année. Ces composants sont conçus pour gérer aussi bien l'entraînement que l'exécution des modèles d'intelligence artificielle, avec des capacités techniques atteignant 2 pétaflops en FP8 et 4 pétaflops en FP4.
Le pari de l'interconnexion massive
Conscient que ses puces individuelles restent moins puissantes que les GPU Rubin de Nvidia, Huawei adopte une approche différente : miser sur la quantité et la synergie. L'entreprise développe l'architecture Peerium, conçue pour orchestrer des clusters pouvant atteindre un million de processeurs. Selon Huawei, des regroupements de 100 000 unités seraient suffisants pour entraîner les modèles d'IA les plus complexes, une stratégie visant à compenser la supériorité technique unitaire de la concurrence américaine par une puissance de calcul collective.
L'enjeu de l'écosystème logiciel
Au-delà du matériel, Huawei cherche à briser la domination de la plateforme CUDA de Nvidia, devenue le standard mondial pour les développeurs. Le groupe chinois promeut sa propre solution, CANN (Compute Architecture for Neural Networks). Cette plateforme open source compte actuellement 5 200 développeurs actifs mensuels et a permis l'entraînement natif de 40 modèles. L'objectif est de créer un écosystème logiciel capable de soutenir l'ambition d'autosuffisance technologique prônée par la direction de Huawei.
Les défis de la souveraineté technologique
Malgré ces annonces, le chemin vers l'autonomie reste semé d'embûches. Huawei doit encore prouver sa capacité à produire ces puces en volumes suffisants pour répondre aux besoins massifs du marché chinois. Eric Xu, président tournant de Huawei, a réaffirmé que cette quête d'autosuffisance est une nécessité vitale pour l'industrie chinoise, afin de ne plus dépendre des décisions d'exportation imposées par les États-Unis.