Les syndicats et la société civile nigérians montent au créneau contre une nouvelle flambée des prix du carburant à la pompe, dénonçant une collusion entre le pouvoir fédéral et les opérateurs dominants du secteur aval. Le Nigeria Labour Congress (NLC) et plusieurs organisations citoyennes estiment que ces hausses ne sont pas dictées par les fondamentaux du marché — cours du brut stable, taux de change légèrement favorable — mais par l'appétit d'un oligopole protégé par le silence des régulateurs. Les marketeurs indépendants (IPMAN), eux, rejettent la responsabilité sur les ajustements répétés du prix de sortie de la raffinerie Dangote.
NLC et CSOs : un « gang-up » des élites contre les masses
Pour le secrétaire général adjoint du NLC, Chris Onyeka, il s'agit d'un « gang-up » des élites avec la complicité apparente de la classe dirigeante. Il pointe du doigt quelques opérateurs dominants devenus fournisseurs majeurs, capables d'imposer leurs prix face à des régulateurs « inquiétamment silencieux ». Onyeka établit un parallèle avec le secteur du ciment, contrôlé par les mêmes acteurs, pour illustrer les dangers de monopoles que le Nigeria « semble à l'aise d'élever ». Il réclame la remise en service des raffineries publiques pour briser cette emprise.
Dérégulation sans régulation : l'alerte des organisations citoyennes
HURIWA, CISLAC et ActionAid abondent dans le sens d'un dysfonctionnement structurel. Pour Emmanuel Onwubiko (HURIWA), l'État protège davantage les intérêts du « cartel pétrolier » que le bien-être des citoyens, s'interrogeant sur l'alignement des prix entre la raffinerie locale et les importateurs dans un marché censé être concurrentiel. Auwal Musa Rafsanjani (CISLAC) exige un audit transparent de la structure des coûts par l'Autorité de régulation (NMDPRA) et la Commission de la concurrence (FCCPC), dénonçant une transmission asymétrique : rapide à la hausse, lente à la baisse. ActionAid, par la voix de son directeur Andrew Mamedu, appelle à une intervention de l'État non pas pour fixer les prix, mais pour garantir la transparence et protéger les plus vulnérables, proposant des filets sociaux ciblés en compensation.
IPMAN pointe la volatilité des prix à la raffinerie Dangote
De son côté, l'association des marketeurs indépendants (IPMAN) attribue la hausse à la volatilité du prix de gantry de la raffinerie Dangote, passé de 1 165 à 1 200 nairas le litre en une semaine. Son porte-parole, Chinedu Ukadike, explique que les marketeurs ne peuvent vendre à perte et répercutent l'augmentation. À Abuja, les prix à la pompe ont grimpé de 20 à 25 nairas selon les enseignes (NNPC Retail, TotalEnergies, Bovas). Ukadike lie cette instabilité aux cours internationaux et aux tensions géopolitiques, tout en saluant l'initiative de transport gratuit de Dangote, qui pourrait à terme alléger les coûts si les infrastructures routières suivent.
Importations coûteuses et pistes de sortie
IPMAN questionne par ailleurs la logique d'importations de produits plus chers que le local, qui pèsent sur les réserves de change. L'association plaide pour un soutien accru au raffinage local — notamment l'accès au brut pour les raffineries domestiques — afin de renforcer la concurrence et, à terme, permettre au Nigeria d'exporter des produits raffinés.