Le paysage médiatique marocain et francophone perd l'une de ses figures les plus marquantes avec la disparition de Hamid Barrada, décédé à l'âge de 86 ans. Intellectuel engagé et journaliste de renom, il laisse derrière lui une œuvre qui documente plus de cinquante ans d'histoire politique et sociétale du Maroc et du Maghreb.
Un engagement politique précoce et l'épreuve de l'exil
Né à Tanger en 1939 au sein d'une famille nationaliste, Hamid Barrada s'est très tôt illustré dans l'arène publique. Son engagement estudiantin l'a mené à la présidence de l'Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) en 1962. Ce militantisme, dans un contexte de fortes tensions, lui a valu une condamnation à mort par contumace en 1963, le contraignant à un exil prolongé entre l'Algérie et la France. Il ne regagnera le Maroc qu'en 1978, après avoir forgé une solide formation académique en philosophie, droit et sociologie politique.
Une carrière de référence dans le journalisme d'entretien
De retour à la vie civile, Barrada s'impose comme une plume incontournable du journalisme francophone. Son passage à l'hebdomadaire Jeune Afrique, où il occupe les fonctions de grand reporter puis de rédacteur en chef entre 1974 et 1985, marque un tournant. Il y développe une expertise pointue dans l'art de l'entretien, devenant le témoin privilégié des grands acteurs de son temps. Ses échanges avec des personnalités aussi diverses que le Roi Hassan II, Léopold Sédar Senghor, Abderrahmane Youssoufi ou encore Ahmed Ben Bella constituent aujourd'hui des archives essentielles pour comprendre les dynamiques de pouvoir en Afrique.
La transmission d'une mémoire politique
Au-delà de ses fonctions à la direction de la zone Maghreb et Moyen-Orient de TV5, Hamid Barrada a poursuivi une mission de transmission en tant qu'enseignant universitaire et témoin actif lors des travaux de l'Instance Équité et Réconciliation. Son dernier ouvrage, le premier volume de son « Anthologie des entretiens » publié en 2025, compile plus de 700 pages d'échanges réalisés entre 1977 et 2012. Ce travail de mémoire offre une perspective unique sur les évolutions du continent, consolidant son statut de passeur d'histoire pour les générations futures.