Haïti traverse une crise humanitaire sans précédent, marquée par une insécurité alimentaire aiguë touchant 5,8 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population. Entre la violence endémique des gangs qui paralyse la capitale et les effets dévastateurs du phénomène climatique El Niño, les agriculteurs du nord-ouest du pays tentent de maintenir leurs moyens de subsistance dans un contexte de précarité extrême.
L'impact de l'insécurité sur les circuits agricoles
La mainmise des bandes armées sur près de 90 % de Port-au-Prince a provoqué le déplacement forcé de 1,5 million de personnes. Cette instabilité contraint de nombreux producteurs à s'exiler vers des zones plus sûres, comme le nord-ouest. Ce transfert de population modifie les dynamiques de marché : des agriculteurs, à l'instar de Premise Desarmour, doivent désormais écouler leurs récoltes dans des localités éloignées où les prix de vente sont nettement inférieurs à ceux pratiqués dans la capitale, aggravant ainsi la fragilité financière des ménages ruraux.
La diversification comme stratégie de résilience
Face à la baisse des rendements agricoles, certains exploitants diversifient leurs activités pour survivre. Grâce au soutien d'ONG comme Heifer International, des agriculteurs se forment à des compétences techniques, notamment en médecine vétérinaire. Cette spécialisation permet de réduire la mortalité du cheptel caprin, essentiel à la sécurité alimentaire locale. Ces consultations vétérinaires, bien que modestes, constituent une source de revenus complémentaire indispensable pour compenser les pertes liées à la faible productivité des terres.
Le spectre de la sécheresse et la gestion de l'eau
La menace climatique pèse lourdement sur les perspectives de récoltes. Le phénomène El Niño, attendu avec intensité, fait craindre deux périodes de sécheresse majeure d'ici mars 2027, dans un pays déjà fragilisé par l'érosion des sols et la désertification. Pour les agriculteurs, l'accès à l'eau est devenu le facteur déterminant de la survie des cultures. L'installation de systèmes d'irrigation modulables par des organisations internationales permet à certaines communautés de maintenir une production minimale, mais la raréfaction des précipitations laisse planer une incertitude durable sur la capacité des exploitants à nourrir leurs familles et leur bétail dans les mois à venir.