Le Collectif des médecins guinéens spécialistes et en spécialisation (COMEG) demande aux autorités le recrutement de ses membres à la Fonction publique et appelle à un modèle de coopération internationale fondé sur le transfert de compétences plutôt que sur l'évacuation systématique des patients.
Des spécialistes oubliés de la Fonction publique
Le COMEG, qui revendique plus de 800 membres dont plus de 400 médecins spécialistes, réclame depuis plusieurs années leur intégration dans la Fonction publique. Leur statut prévoit pourtant un recrutement sur étude de dossier, différent des concours classiques. Selon le Dr Ousmane Koulibaly, président du collectif, cette situation bloque l'accès de la population à des soins spécialisés de qualité. « Derrière chaque spécialiste qui ne trouve pas sa place dans le système de santé national, c'est toute la population guinéenne qui risque de perdre une opportunité d'accès à des soins de qualité », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse tenue le 28 août 2026 à la Maison de la Presse.
Le coût pharamineux des évacuations sanitaires
Le Dr Mory Sangaré, président du conseil d'administration du COMEG, a alerté sur l'ampleur des évacuations sanitaires à l'étranger. Selon lui, le coût annuel de ces transferts pourrait permettre de construire un hôpital entier. Il a souligné que de nombreux Guinéens partant pour le Sénégal, par exemple, auraient pu être soignés sur place par des compatriotes formés dans ces mêmes pays. « C'est difficile quand on sait qu'il y a des médecins ici en Guinée qui sont formés au Sénégal et ailleurs, qui sont là, mais beaucoup parmi eux ne sont même pas engagés à la fonction publique », a-t-il regretté.
Un partenariat avec la Turquie pour transférer les compétences
Dans cette perspective, le COMEG a conclu un partenariat avec Medical Park, groupe hospitalier turc. Une délégation de praticiens turcs, dont le Dr Yacoub Çil, spécialiste en chirurgie plastique reconstructrice fort de trente années d'expérience, séjourne en Guinée pour explorer les modalités de cette coopération. L'objectif dépasse la simple évacuation des patients : il s'agit d'utiliser l'expertise internationale pour développer les capacités locales. « L'évacuation sanitaire peut être une solution à une urgence. Le transfert de compétences, lui, peut être une solution durable », a expliqué le Dr Koulibaly.
Former les soignants guinéens pour une santé autosuffisante
Les partenaires turcs ont annoncé leur volonté de contribuer à la formation des médecins, sages-femmes, infirmiers, aides-soignants et personnels d'appui guinéens, notamment dans les blocs opératoires, les salles de réveil et les services de consultation. Le COMEG appelle les autorités à considérer cette mobilisation comme un enjeu stratégique de santé publique plutôt que comme une question administrative. Le collectif exhorte ses membres à poursuivre le combat : « Nous ne nous battons pas seulement pour ceux qui sont aujourd'hui membres du COMEG. Nous nous battons également pour les générations de médecins qui viendront après nous. »