Les Bissau-Guinéens sont appelés ce dimanche à se prononcer par référendum sur une réforme constitutionnelle qui pourrait profondément modifier l’équilibre des pouvoirs dans le pays, à quelques mois des élections prévues pour rétablir l’ordre civil.
Une réforme constitutionnelle sous haute tension
Le scrutin, organisé par la junte militaire au pouvoir depuis novembre 2025, propose d’abandonner le système parlementaire actuel au profit d’un régime présidentiel. Si elle est adoptée, cette réforme permettrait au président de nommer et révoquer le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement, tout en lui donnant le pouvoir de dissoudre le Parlement. L’objectif affiché par les autorités transitoires est de « stabiliser les institutions » avant les élections présidentielle et législative prévues le 6 décembre 2026.
Un contexte politique explosif et des libertés restreintes
Cette consultation intervient dans un climat politique particulièrement tendu. L’opposition, menée par le PAIGC – parti historique ayant conduit le pays à l’indépendance en 1974 –, a appelé au boycott du référendum, dénonçant des « restrictions des libertés publiques ». Les activités politiques sont suspendues, les sièges des partis fermés et les groupes politiques interdits de campagne. Le PAIGC a qualifié la situation de « contexte de restrictions des libertés publiques » dans un communiqué.
Les critiques contre une réforme « dangereuse » pour la démocratie
Plusieurs acteurs politiques et de la société civile rejettent en bloc cette révision constitutionnelle, jugée illégitime car portée par une autorité transitoire non élue. Abubacar Ture, président de la Ligue des droits de l’homme, a qualifié la réforme de « dangereuse pour notre démocratie », estimant qu’elle « concentrerait tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme ». Fransual Dias, analyste politique basé à Lisbonne, a pour sa part dénoncé une « mascarade » : « Comment des personnes sans légitimité pour réviser la Constitution peuvent-elles demander au peuple de l’approuver par référendum ? »
Un pays miné par l’instabilité et les coups d’État
La Guinée-Bissau, l’un des pays les plus pauvres au monde, cumule depuis 1974 cinq coups d’État et de multiples tentatives de putsch. Le dernier en date, survenu en novembre 2025, a renversé le président Umaro Sissoco Embalo, élu en 2023, après qu’il eut dissous un Parlement dominé par l’opposition. Le pays a ensuite été dirigé par décrets jusqu’au coup de force militaire. La réforme proposée vise, selon ses défenseurs, à éviter les blocages institutionnels récurrents, comme ceux qui ont opposé la présidence et le Premier ministre sous le régime précédent. Nelson Moreira, membre du Conseil national de transition (CNT), organe législatif transitoire nommé par la junte, a défendu cette consultation comme un outil pour « réécrire une loi fondamentale truffée de failles ».