La transition militaire en Guinée-Bissau franchit une nouvelle étape dans la restructuration des centres de pouvoir. Le général Horta N’Tam a récemment ordonné le limogeage de Sandji Fati, gouverneur du Palais présidentiel et ancien ministre des Forces armées, marquant une volonté claire d’écarter les figures loyales à l’ancien chef de l’État, Umaro Sissoco Embaló.
Une purge méthodique des relais de l’ancien régime
Le départ de Sandji Fati s’inscrit dans une séquence de remaniements profonds touchant les rouages administratifs et sécuritaires du pays. Cette décision fait suite à une série d’évictions significatives survenues début octobre, notamment celles du ministre de l’Intérieur, Mamasaliu Embaló, de la ministre de la Pêche et de l’Économie maritime, Virgínia Maria da Cruz Godinho Pires Correia, ainsi que de l’ancien directeur général des Impôts, Malam Sissé. Par ces actes, les autorités de transition cherchent à neutraliser l’influence persistante de l’ancien président, actuellement en exil et dont le retour au pays demeure interdit par l’armée pour des motifs de sécurité nationale.
La lutte pour le contrôle des leviers de l’État
Au-delà des individus, ces mouvements révèlent une bataille pour la mainmise sur les institutions stratégiques. En évincant les alliés d’Embaló, le général Horta N’Tam redessine l’architecture du pouvoir bissau-guinéen. Cette stratégie d’exclusion vise à réduire la capacité de nuisance politique de l’ancien camp présidentiel, tout en consolidant l’emprise des nouvelles autorités sur les appareils de sécurité et l’administration centrale. Toutefois, cette concentration des leviers de décision soulève des questions sur la pérennité de cette nouvelle configuration politique.
L’incertitude électorale et le défi de la légitimité
La crédibilité de cette transition est mise à l’épreuve par le report, annoncé le 8 octobre, du scrutin présidentiel et législatif initialement prévu pour décembre 2026, sans qu’aucune nouvelle échéance n’ait été fixée. Ce glissement temporel alimente les interrogations sur les intentions réelles des autorités militaires. Si la purge des fidèles d’Embaló permet de restructurer le pouvoir, elle ne constitue pas, en soi, un projet politique. Le véritable test pour le général Horta N’Tam résidera dans sa capacité à instaurer des règles de gouvernance transparentes, à garantir les libertés publiques et, in fine, à organiser un transfert effectif de l’autorité vers des institutions civiles légitimes, rompant ainsi avec le cycle historique d’instabilité institutionnelle du pays.