Un projet de recherche clinique sur le vaccin contre l'hépatite B, ciblant des nouveau-nés en Guinée-Bissau, a été stoppé par les autorités locales. L'initiative, financée par des fonds américains, a suscité une vive controverse internationale en raison de son protocole jugé contraire aux recommandations sanitaires mondiales.
Un protocole contesté par l'OMS
L'essai, porté par le Projet de santé de Bandim, prévoyait d'inclure 14 000 nouveau-nés, dont la moitié aurait été privée de la vaccination contre l'hépatite B à la naissance. Cette méthodologie a été fermement dénoncée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui rappelle que ce vaccin est utilisé depuis plus de 30 ans et qu'il est crucial pour prévenir des infections chroniques, responsables de cancers du foie et d'insuffisances hépatiques. En privant délibérément une partie des nourrissons de cette protection dans un pays où la prévalence du virus atteint près de 20 %, les chercheurs ont été accusés de mettre en péril la santé des participants.
Des zones d'ombre sur l'autorisation
La tension est montée d'un cran lorsque le ministère de la Santé de Guinée-Bissau a exprimé son indignation, affirmant ne pas avoir été informé de la reprise potentielle de l'étude. Alors que l'Université du Sud du Danemark (SDU), partenaire du projet, invoquait une approbation éthique interne, les autorités bissau-guinéennes ont maintenu l'interdiction prononcée en janvier. Le ministre de la Santé, Quinhin Nantote, a formellement démenti toute validation gouvernementale, soulignant une rupture de confiance majeure entre les chercheurs et les instances nationales.
Enjeux politiques et soupçons de néocolonialisme
Le financement de cette étude par le gouvernement américain, sous l'égide de responsables connus pour leur scepticisme envers les politiques vaccinales, a alimenté les critiques. Certains experts en santé mondiale ont qualifié la démarche de « néocoloniale », s'interrogeant sur la pertinence de mener de tels tests sur des populations vulnérables plutôt que dans des pays disposant de systèmes de santé plus robustes. La saisie d'un lot de vaccins par la police judiciaire à Bissau en octobre dernier marque le point culminant de cette crise, illustrant la fermeté du gouvernement face à ce qu'il perçoit comme une ingérence étrangère non autorisée.
Vers une accélération de la vaccination nationale
Face à cette polémique, les autorités bissau-guinéennes, en collaboration avec l'OMS, travaillent désormais à accélérer l'introduction du vaccin contre l'hépatite B dans le programme de vaccination de routine. Initialement prévue pour 2028, cette mesure pourrait être avancée dès le premier trimestre de l'année prochaine. L'objectif est de combler le retard actuel, où les enfants ne sont vaccinés qu'à l'âge de six semaines, une stratégie jugée moins efficace pour protéger les nouveau-nés contre les risques de transmission précoce.